🥗 Dans Le Noir : Comment Didier Roche a créé les célèbres restaurants et spas

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A 18 ans, j’ai décidé de quitter l’école pour créer ma première entreprise. Je n’avais qu’une envie : être libre. Après avoir surmonté de nombreux obstacles, j’ai réussi à mettre mon entreprise au service de ma vie, plutôt que d’avoir une vie au service de l’entreprise… Aujourd’hui, je voyage 6 mois par an et j’inspire des milliers d’entrepreneurs et de créateurs à être plus libres et plus heureux.

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Transcription texte (littérale) de la vidéo “🥗 Dans Le Noir : Comment Didier Roche a créé les célèbres restaurants et spas” :

Olivier Roland : Salut les rebelles intelligents, je suis actuellement avec Didier Roche. Salut Didier.

Didier Roche : Bonjour.

Olivier Roland : Je pense qu’il n’y a pas encore beaucoup d’entrepreneurs qui te connaissent, mais je pense que tout le monde connait l’entreprise que tu as créée puisque tu es le créateur de ?

Didier Roche : Je suis l’un des cofondateurs des restaurants « Dans Le Noir ? », spas « Dans Le Noir ? ». J’ai cofondé tout ce groupe-là avec deux autres associés.

Olivier Roland : Pour ceux qui ne connaissent pas le concept, « Dans Le Noir ? », vous allez dans ce restaurant et votre expérience entière de repas se passe dans l’obscurité la plus totale. Vous ne voyez absolument rien et tout est fait pour que vous ne puissiez pas utiliser de lumière, on vous confisque vos téléphones à l’entrée et on fait en sorte qu’il n’y a pas de triche possible.

Donc, c’est toi et tes associés qui avaient eu l’idée il y a quelque temps, on va parler de ça. Et en fait, ce sont des serveurs qui sont aveugles qui vont nous guider jusqu’à la table et nous servir pendant tout le repas. Pour eux, ça ne change pas grand-chose par rapport à leur quotidien.

Je peux vous parler d’expérience parce que je suis déjà allé 3 fois au restaurant « Dans Le Noir ? » à Paris qui est le premier restaurant historique et c’est vraiment une expérience extraordinaire que je vous recommande fortement.

Tout est différent. Des trucs aussi simples que remplir son verre, ça demande déjà de comprendre comment on fait pour savoir que le verre est rempli ou pas. D’ailleurs, les serveurs nous expliquent. Il s’agit de mettre le doigt juste de là et quand vous versez votre vin ou votre eau dans le verre, vous sentez où est le niveau dans le verre.

C’est simple, il y a des tas des choses comme ça qui changent complètement.

Et le grand jeu quand vous venez dans ce restaurant, c’est de deviner ce qu’on est en train de manger. A chaque fois, j’ai pu deviner peut-être la moitié de ce que je mangeais et j’ai dû me tromper peut-être sur 1/3 des trucs, parce qu’à la fin, il vous montre une photo de ce que vous avez mangé et c’est juste une grande découverte.

Je vous encourage si vous n’avez pas fait l’expérience à le faire.

On va partir au début, à la genèse de ce projet. Comment déjà tu as eu l’idée de ça ? Est-ce que c’est toi qui as eu l’idée, est-ce que c’est un de tes associés ?

Didier Roche : L’idée est très ancienne. Dans les années 90, en Allemagne, un chercheur sur les sens s’est vu confier une mission d’étude et pour développer son projet, il a imaginé faire un parcours dans le noir absolu. Et donc, il a fait cheminer des gens dans différents univers et cette aventure, le parcours dans le noir, s’est développée dans le monde entier et à un moment, c’est venu en France.

Il y a un monsieur qui s’appelle Michel Reilhac qui avait vécu ça en Allemagne et qui l’a ramené en France. Et à l’occasion d’un festival d’Avignon, il a exploité une petite salle qui était à la fin du parcours et, un soir, il a fait des dîners entre copains et là, il s’est dit : mais il y a un truc magique qui se passe. On était dans les années 93.

Il a décidé d’en faire un jour un véritable projet d’animation et, dans les années 99, il a décidé d’ouvrir à Paris dans le festival Paris Quartier d’été les premiers dîners « Dans Le Noir ? » ouverts au public. Et là, il cherchait des partenaires pour bosser avec lui.

Il a rencontré l’association Paul Guinot dont j’étais l’administrateur et il a dit : « Est-ce que vous accepterez de m’aider à faire quelque chose ? ». Et on est parti dans cette aventure, on était en 1999.

Et puis, des expériences comme ça se sont montées un peu partout en France de manière ponctuelle, en Europe également.

Le premier restaurant officiel est né en Suisse en 2003.

A l’occasion d’un voyage que l’un des associés avait fait à cette époque en Suisse, les amis qui le recevaient l’ont amené dans ce restaurant et Edouard a décidé de faire ce restaurant-là à Paris.

C’est comme ça. Lorsqu’il est rentré en France, il a cherché des gens qui pouvaient éventuellement l’aider et il est évidemment tombé sur moi et Fabrice le troisième associé qui nous faisions ça de manière ponctuelle depuis 1999, depuis 5 ans déjà.

Il nous a demandé de l’accompagner et de l’aider et c’est comme ça qu’on a cofondé ensemble le groupe qui porte les restaurants « Dans Le Noir ? ».

On a plein d’autres activités.

Tu parlais des spas également. On a développé ce concept-là dans l’univers du spa où vous êtes massés dans le noir absolu ou en lumière tamisée, selon, mais très souvent le noir absolu que les gens choisissent avec des personnes aveugles qu’on a formées pour ça.

Et donc, on a décliné tout un tas d’autres projets dans cette entreprise-là.

Il y a une agence qui s’appelle Ethik Connexion, on va aider des gens à connecter leur public avec la diversité, donc penser à des produits, des services autrement que ce qu’ils le font.

Et on a créé des boutiques également, on est implanté dans plusieurs pays, plusieurs continents. Le dernier ouvré, c’est à Melbourne. Là, on ouvre bientôt au Maroc et on est en train aussi de voir pour l’Amérique Latine.

On se développe comme ça à travers le monde.

Olivier Roland : Le premier restaurant à Paris, c’était en quelle année ?

Didier Roche : En 12 juillet 2004.

Olivier Roland : Est-ce que tu peux nous parler un peu de la première fois de l’ouverture ? Comment ça s’est passé ? Quelles ont été les préparations ? Est-ce que vous avez fait des erreurs ?

Didier Roche : Il a fallu tout d’abord convaincre la ville de Paris que nous allions faire manger des gens dans le noir absolu en atteignant le fameux panneau Exit qui indique comment on sort de là. Ça a été toute une discussion, une négociation.

On a été fortement appuyé par un ami non-voyant qui était élu à la ville de Paris, Monsieur Hamou Bouakkaz qui nous a accompagnés dans la discussion avec les différents services de la Mairie.

Alors, on a eu des obligations du type, il fallait qu’on soit en capacité d’être autonome électriquement s’il devait y avoir un problème dans le restaurant. Donc, on a dû mettre en place deux armoires de batterie au sous-sol parce qu’il fallait absolument que les sorties de secours puissent s’allumer et reste allumé le temps qu’on évacue le restaurant.

Je vous laisser imaginer deux batteries de secours, on aurait pu tenir pendant 15 jours d’électricité. Enfin, il fallait les rassurer.

Et puis après, ils nous ont demandé quelques dispositifs de sécurité contre lesquels on a été, mais il a fallu qu’on leur montre.

Par exemple, ils voulaient absolument qu’on rallume plein feu en cas de problème, alors il a fallu qu’on fasse venir les pompiers, les commissions de sécurité, qu’on les mette dans le noir absolu. A un moment, on a fait une simulation d’évacuation, on a mis plein feu. Et là, qu’est-ce qui s’est passé ? Ils ont été aveuglés par la lumière plein feu.

Ils ont dit : « non, ça ne marche pas. » On dit : « non, il faut faire comme on vous dit », c’est-à-dire faire des petites lumières allumées doucement, sinon on éblouit les gens et du coup, on ne peut pas les évacuer.

On a eu quelques petites surprises comme ça et puis après, on a finalement ouvrir.

Olivier Roland : Ils ont quand même eu la souplesse d’accepter un concept nouveau.

Didier Roche : On a eu la chance de pouvoir… évidemment Securitas Veritas, tout le monde est passé, on a eu à faire tout un tas de contrôle.

On a montré qu’on pouvait assurer la sécurité des gens, on a passé plus d’un million cinq cent mille personnes dans tous nos restaurants et dans toutes nos différentes activités évènementielles parce qu’on en fait plein d’évènementiels aussi à travers le monde sans jamais avoir un seul accident.

Aujourd’hui, maintenant quand on intervient, c’est un peu plus tranquille qu’au début, mais il a fallu arriver à convaincre les services sécurités, puis il a fallu aussi convaincre les banques qu’on n’a pas convaincues. On a eu treize banques, treize refus, parce que le modèle n’existait pas. Donc, on a dû autofinancer tout le processus de création de boîte et le lancement du groupe.

Olivier Roland : Et comment vous avez fait pour ça ?

Didier Roche : Edouard avait pas mal gagné d’argent dans la nouvelle technologie et puis il avait quelques amis aussi qui avaient un peu d’argent qu’ils mettaient à disposition et on a réuni à peu près 800 000 euros. Ils ont réuni à peu près 800 000 euros pour pouvoir démarrer.

Olivier Roland : Quelle a été la campagne de promotion pour accompagner l’ouverture de ce premier restaurant ?

Didier Roche : Par chance, TF1 est vite venu. Donc, on a ouvert en juillet.

Nous, quand on faisait des concepts qu’on appelait « le Goût du noir » qui étaient des concepts ponctuels avec Michel Reilhac et l’association Paul Guinot.

Je parlais tout à l’heure, les médias venaient assez rapidement. Et donc, on avait toute une liste de média qui nous disait : « Si un jour, vous ouvrez de manière permanente, il faut nous informer parce qu’on trouve ça tellement génial qu’on s’en fera le relais dans la presse et dans les médias. »

On a ouvert en juillet et en septembre, TF1 est venu, on faisait le 20 heures de TF1.

Le premier ministre de l’époque est venu également, Raffarin, accompagné par sa femme. Ça a aussi suscité pas mal d’enthousiasme du côté média et le bouche-à-oreille est vite venu, les médias sont venus.

Et à l’époque, les médias étaient un vecteur très fort de vente. Ce n’est plus le cas aujourd’hui puisqu’aujourd’hui, les médias font la crédibilité, ils font la notoriété là où la vente se fait essentiellement par le web, par la communication que l’on peut aire par le web.

Mais à l’époque, ça a marché comme ça et on a très vite rempli. Au bout de quelques mois, on remplissait rapidement grâce aux médias.

Olivier Roland : Ce qui est intéressant à ce que tu dis, c’est que vous n’avez pas non plus créé le concept à partir de rien. Tu m’as dit déjà qu’il y avait des expériences dans le monde, il y avait eu un restaurant en Suisse… Mais vous, vous avez testé sur le terrain avec ces expériences, donc « le Goût dans le noir ». C’est ça ?

Didier Roche : Appelées « Le Goût du noir », qui est un concept un peu différent où le guide non-voyant non seulement s’occupait du service, mais mangeait à table avec les convives, ce qui permettait d’avoir un temps d’échange assez fabuleux.

On a vécu des moments très étonnants puisqu’on partageait comme un peu là, je peux le faire, sur les thématiques plus autour de la vie de la personne aveugle, mais là où le restaurant, on a dû industrialiser les dispositifs puisque sinon les repas auraient été vendus beaucoup trop chers. Et le guide est essentiellement un serveur qui peut échanger un peu avec vous, mais quand même relativement en peu de temps, puisqu’il doit envoyer un certain nombre de places pour pouvoir être à l’équilibre, a minima voire rentable parce que le business model est important, si vous ne durez pas dans le temps, vous ne durez pas.

Donc, il faut un équilibre économique a minima et si on veut que les business se développent, il faut être excédentaire. C’est ce qu’on a rapidement pu réaliser sur le premier restaurant de Paris, c’est d’être excellent en termes de business.

Olivier Roland : Et tu avais déjà une expérience entrepreneuriale quand tu t’es lancé là-dedans ou c’était la première fois ?

Didier Roche : Non, moi, j’ai créé mon premier business quand j’avais 23 ans. Donc, j’avais une expérience d’entrepreneuriale, puisque ça faisait 10 ans que j’étais dans le business.

Olivier Roland : Alors, tu avais créé un business de quoi ?

Didier Roche : La première société s’appelait Ithaque, qui vient du latin Ithaca, mais c’est aussi le nom depuis là que l’Ulysse est parti pour faire son long voyage.

Je me disais : tu te lances dans l’entreprenariat. Ça a été un peu un long voyage semé d’embûches, ce qui était le cas.

Je vendais des produits et des services à destination des personnes aveugles et malvoyantes, j’ai créé le premier site de vente en ligne pour les personnes non-voyantes sur les produits. Je me suis attaqué à un monopole associatif à l’époque notamment sur le champ des produits dits quotidiens, ça peut être les balances parlantes, des balances de cuisine, ça peut-être des thermomètres également accessibles aux personnes aveugles, l’horlogerie, les jeux.

C’est un monopole associatif et je m’y suis attaqué d’entrée de jeu. Puis au bout de 10 ans, j’ai vendu cette boîte comme un peu Ulysse qui a fait son voyage pendant 10 ans. Je me suis retrouvé avec cette boîte vendue et je me suis lancé dans le groupe avec Edouard et Fabrice. En parallèle de quoi, j’ai développé aussi d’autres business. Je n’ai pas que les restaurants ou les spas « Dans Le Noir ? », j’ai d’autres affaires à côté.

Olivier Roland : Donc, tu avais développé une interface web que les non-voyants peuvent utiliser.

Didier Roche : Un site marchand, oui.

Olivier Roland : C’est avec une machine qui fait des caractères en braille ou c’est de l’audio ?

Didier Roche : C’est un logiciel qui récupère l’information et qui va l’envoyer tantôt vers de la synthèse vocale, tantôt vers un écran braille, ou les deux si on souhaite et si on a les deux.

Je n’ai pas développé le logiciel qui permet de le faire, j’ai développé une plateforme qui permettait de discuter totalement avec ces fameux screen reader pour lui donner tous les éléments nécessaires à ce que l’information retranscrite en vocal et en braille soit complètement utilisable et exploitable par une personne aveugle qui viendrait sur ce site.

C’est une première à l’époque d’avoir un site marchand totalement adapté et totalement dédié à des personnes non-voyantes.

J’ai développé également à cette occasion le premier marketing direct à destination de cette population-là, en travaillant sur un catalogue vocal, en travaillant sur tout un tas des choses. Je m’amusais pas mal à l’époque.

Olivier Roland : Et maintenant, ce n’est plus le même nom ?

Didier Roche : Non, ça a été revendu. Le type a absorbé la boîte et il a conservé le département au sein de sa boîte, sa boîte s’appelle CECIAA. Il a toute la gamme vie quotidienne qui était à l’origine dans ma boîte.

Olivier Roland : Tu vends cette boîte, c’était avant que tu t’embarques dans le projet « Dans Le Noir ? » ou tu étais déjà…

Didier Roche : J’ai été déjà à titre associatif puisque je suis un entrepreneur aussi social, donc à titre associatif dans les dîners « Dans Le Noir ? » depuis 1999. Cette boîte, je l’ai vendue en 2004. Donc, ça faisait 5 ans déjà que je faisais des dîners « Dans Le Noir ? ». Lorsqu’Edouard est venu nous voir en 2003, j’ai dit : on y va.

On a aidé à monter le restaurant avec l’association et rapidement, j’ai pris des parts dans le groupe pour pouvoir développer toute cette aventure des restaurants, spas et de la dimension aussi B2B dont je t’ai parlé tout à l’heure avec Edouard et Fabrice au sein de ce groupe.

Olivier Roland : Et comment ça s’est passé le recrutement des serveurs et du personnel dans les restaurants parce que j’imagine que c’était quand même une première pour eux de faire ce genre de job ?

Didier Roche : Ça a été une première. Il a fallu imaginer du recrutement. On a dû faire face à des dogmes. Il y a eu des moments où on a réuni des personnes en nombre, des personnes non-voyantes avec des associations et puis, on prenait la parole avec Edouard.

J’avais dit à Edouard : « écoute, tu parles un peu du business et moi, je vais être un peu ta garantie face aux éventuelles levées de bouclier qu’il pourrait y avoir ». Et il y en a eu des associations qui ont pris la parole et qui ont dit : « vous n’avez pas honte de faire du fric avec des aveugles. » J’ai eu droit à tout ça.

Olivier Roland : Ça, c’est vraiment typique d’avoir des gens qui vont dire ça alors que finalement tu fournis un job super.

Didier Roche : Oui, puis une dignité, le fait de la rencontre de la diversité, de la différence, une super boutique de communication autour du handicap où pour une fois, ce n’était pas la charité, c’était vraiment le job.

J’ai tenu ce discours-là et des aveugles se sont levés en disant : « Écoutez, il a tout à fait raison, on nous redonne un peu de dignité et des associations ». Ceux qui étaient montés aux créneaux se sont vite rassis.

Olivier Roland : Vous avez tenu bon dans votre vision et votre philosophie. Les chiens aboient, la caravane passe.

Didier Roche : C’est ça.

Olivier Roland : Vous avez dû créer toute une formation pour ces personnes.

Didier Roche : On a dû concevoir les choses qui n’existaient pas effectivement. On a cherché des outils aussi pour faciliter les services, pour faciliter la communication avec les cuisines, avec aussi la partie extérieure où les gens sont accueillis en pleine lumière. Là, il a fallu tout inventer.

Olivier Roland : Et tout s’est bien passé au final.

Didier Roche : Tout s’est formidablement bien passé au final.

Olivier Roland : Les erreurs, il y en a eu forcément. Qu’est-ce que tu pourrais partager ?

Didier Roche : Des erreurs dans le premier restaurant, pas tant que ça.

On avait une courbe d’expérience avec les dîners que nous faisions, nos préalables avec Fabrice que l’on a mis à profit dans ce lieu permanent. On a pu avoir des erreurs de recrutement de managers par exemple, comme dans toutes les boîtes.

On en a eu des mauvais et des très mauvais et on en a eu des bons et des très bons aujourd’hui. C’était un peu le challenge de toutes les boîtes.

On a eu, si, peut-être des erreurs au départ où on a fait des repas qui moi me plaisait beaucoup et on a eu des retours relativement négatifs où les gens ne comprenaient pas ce qu’il y avait dans l’assiette. Donc, j’étais convoqué face à des clients qui se manifestaient comme n’aimant pas la cuisine et moi, je venais et je goutais, je ne comprends pas.

On s’est rendu compte que sans la vue, les gens ont besoin de repère. Donc, on a segmenté l’assiette avec la viande d’un côté, les légumes de l’autre. Si on mettait plusieurs légumes, on les séparait. On essayait comme ça de favoriser la découverte et de l’aider. Ça, c’était une petite erreur qu’on a pu faire au départ, je pense, que de ne pas comprendre qu’il fallait qu’on conçoive finalement l’assiette autrement.

On a mis un peu de temps et ensuite, il a fallu aussi apprendre au cuistot à faire différemment. C’est-à-dire que c’est bien de servir de l’agneau, mais c’est quand même mieux de servir l’agneau sans le gras parce que dans le noir, la personne ne voit pas le gras.

Olivier Roland : Oui, effectivement.

Didier Roche : C’est mieux de servir le poisson sans la peau, le poulet sans les os.

Il a fallu aussi comme ça avoir tout un cheminement d’apprentissage pour que les gens n’aient pas l’impression qu’on leur sert de la merde finalement, donc s’adapter et se mettre au niveau de la personne qui ne voit pas.

On a eu quelques petites erreurs comme ça au départ de ne pas veiller à cette partie sensorielle forte qui pouvait être hyper désagréable et dire : la viande est dégueulasse.

On ne sert plus de l’entrecôte avec la partie nerveuse sur le bord, il faut bien préparer.

Ça, c’était les quelques erreurs qu’on a pu faire au départ. Mais pas tant que ça d’erreur au départ dans la restauration sur Paris, sur Londres lorsqu’on a ouvert à Paris en 2004 et Londres en 2006, Barcelone ensuite en 2009.

Olivier Roland : ça a été rapide quand même.

Didier Roche : ça a été relativement rapide.

Olivier Roland : Et aujourd’hui, ces restaurants existent toujours ?

Didier Roche : Toujours.

Olivier Roland : Et après Barcelone en 2009, vous avez étendu ailleurs ?

Didier Roche : Oui, on a cherché à s’étendre à New York.

Olivier Roland : On avait parlé un peu, tu m’as dit que là, il n’y a pas eu le même succès.

Didier Roche : Il n’y a pas du tout le même succès. On a fermé New York pour différentes raisons, mais je pense qu’on a mal jaugé le marché new-yorkais avec des erreurs de communication flagrantes au départ de mon point de vue, peut-être aussi une erreur de conception de business new-yorkais à l’époque. On a fermé au bout de 15 mois.

Une des raisons qui moi m’a fait de ne pas remettre d’argent au pot et qui m’a fait fermer, c’est que la liquor license était attaché au nom du manager avec lequel on avait ouvert, le manager est parti et on s’est retrouvé à un moment exploiter un restaurant qui vendait de l’alcool sans avoir la licence, sans plus avoir la licence.

Et là, on m’a appelé : « Didier, on fait quoi ? » J’ai dit : « Attendez, on est à New York ». On vient d’envoyer nos managers de Barcelone pour tenter de sauver New York, la problématique n’est plus financière, mais elle devient une problématique de droit. Et là, moi, je ne veux pas faire courir la prison au manager qu’on a envoyé depuis Barcelone sur New York, donc, on ferme.

On ferme et puis, on verra ce qu’on fait dans l’avenir, est-ce qu’on y revient ou pas ?

La raison qui m’a vraiment poussé à fermer, moi, je croyais au fait de pouvoir remettre en route, de pouvoir rebondir puisque la vie est faite de rebond. Mais là, lorsque vous avez la justice new-yorkaise face à vous en perspective, vous ne jouez plus.

J’ai fermé parce que je ne voulais pas prendre le risque de l’exploitation de vente d’alcool sans avoir l’autorisation. Donc, on a arrêté.

Olivier Roland : Ça, c’est très intéressant parce que tu t’es heurté à des problèmes que beaucoup d’entreprises rencontrent quand elles veulent s’étendre à l’étranger.

En Europe, ça reste un cadre qui est relativement commun avec beaucoup de points communs dans la culture, dans l’environnement législatif. Les États-Unis, c’est assez différent et c’est un peu plus loin aussi, c’est plus difficile de contrôler.

Il y a eu finalement des problèmes parce qu’il y a peut-être eu un peu trop de confiance dans certaines personnes qui ont peut-être profité la situation en se disant : ces personnes sont loin, donc, on peut se lâcher un peu plus.

Didier Roche : Oui, aussi, c’est certain. C’est surtout Edouard qui a piloté New York, puisque c’est surtout lui qui s’occupe du développement international.

Évidemment, on était très en lien et on partageait énormément et il y a un moment, le choix de fermer se fait avec les trois associés. Et quand il m’a appelé, il m’a dit « Ecoute, voilà mon point de vue, qu’est-ce que tu en penses ? » J’ai dit : « Mais Edouard, on ferme, on ne peut pas prendre de risque ».

L’éloignement était aussi un problème. Je pense que si je devais y retourner un jour, je prendrais un associé sur place.

Olivier Roland : D’accord, qui soit vraiment impliqué dans l’affaire.

Didier Roche : Oui, impliqué dans l’affaire, qui a l’habitude de la restauration new-yorkaise, on a eu des opportunités et on ne l’a pas fait et qui soit sur place pour quand même piloter le bateau, puisqu’à 8 000 bornes, c’est compliqué.

Olivier Roland : Oui, et tu m’avais dit aussi que vous avez fait une erreur dans la communication par rapport à la date d’ouverture.

Didier Roche : C’est un pacte un peu moral qu’on a entre les trois principaux associés. On se dit : « Quand la majorité décide, on y va.

Lorsqu’on s’est réuni en septembre sur la manière de communiquer quant à l’ouverture du restaurant qui devait ouvrir officiellement le 4 décembre, moi, je m’étais opposé au fait de communiquer en amont, la politique était plutôt de roder le truc et puis, au bout d’un mois d’être rodé et de communiquer, Edouard pensait autrement, sûr de son fait. Donc, les deux associés avec moi, on décidait d’ouvrir. J’ai dit : « le pacte moral est là, on y va, vous êtes deux, on y va. » et on a ouvert le 28 février.

Olivier Roland : Donc, vous avez communiqué pour début décembre et la presse était en feu ?

Didier Roche : Pour le 4 décembre et on a ouvert le 28. On a eu CNN et ainsi de suite.

Olivier Roland : Et 2 ou 3 mois plus tard, ils étaient beaucoup moins en feu.

Didier Roche : Tu ne le fais pas revenir deux fois. Puis, toutes les semaines, on décalait 700 personnes. Le 14 février, on avait 280 réservations. Moi, je m’effondrais à chaque fois que je voyais qu’on redécalait. Donc, en termes de com, c’est comme réussir et échouer.

Olivier Roland : Oui, c’est vrai que ce n’est pas une bonne manière de démarrer.

Didier Roche : Non. Je pense qu’outre le fait que les new-yorkais ont une façon de vivre ses business un peu différents, peut-être que ce sont des gens qui ont l’habitude de passer d’un business à l’autre. Mais c’est d’autant plus pénalisant que s’ils sont réellement comme ça, ce que je suis prêt à croire, au dire d’Edouard le principal associé qui s’est occupé de cette affaire, le fun de communiquer et d’ouvrir 3 mois après, ça ne faisait qu’amplifier le risque d’échouer.

Olivier Roland : Et donc, vous avez fermé après avoir perdu beaucoup d’argent.

Didier Roche : Deux millions de dollars.

Olivier Roland : Ce n’est quand même pas rien.

Didier Roche : Ça glace.

Olivier Roland : Ça glace. Et du coup, vous n’avez pas retenté l’aventure américaine.

Didier Roche : Pas tout de suite.

Olivier Roland : Pour l’instant, vous avez des restaurants dans quel pays ?

Didier Roche : En nom propre, on a Paris, Londres, Barcelone, Madrid, on a une franchise à Saint-Pétersbourg et on développe depuis quelques années un nouveau business model qui est de la coproduction où on s’installe dans des hôtels.

Donc, on a dans ce format-là Nantes, Nice, Melbourne, Oakland. Et là, on est sur le Maroc d’ici la fin de l’année, on va être en alternance entre Casa et Marrakech. On est sur des plans à Bruxelles, et en Amérique Latine, on regarde un peu ce qu’on peut faire.

Olivier Roland : Quand même encore plein de plans de développement. Peut-être qu’un jour, vous allez revenir aux États-Unis ?

Didier Roche : Moi, j’ai envie. Je n’aime pas échouer. Quand j’ai le sentiment de ne pas avoir tout tenté et tout bien tenté. Donc, oui, je pense que j’y reviendrais.

Olivier Roland : Excellent, c’est ça aussi l’entreprenariat, savoir rebondir après les échecs puisqu’on peut peut-être préciser qu’on s’est rencontré à l’évènement Re.Start Awards. C’est des prix qui sont donnés pour les meilleurs rebonds après un échec dans différentes catégories. Toi, tu étais dans quelle catégorie déjà ?

Didier Roche : Economie sociale et solidaire, parce que par ailleurs, j’ai monté l’association H’up Entrepreneurs qui accompagne les personnes handicapées dans la création et le développement de leur business et on s’attache aussi à accompagner les chefs d’entreprise qui deviennent handicapés parce que ça arrive aussi. C’est un parcours que j’ai aussi depuis 10 ans et qui a été remarqué par les Re.Start Awards.

Olivier Roland : Tu as été le gagnant de la catégorie. Moi, j’avais été nominé dans la catégorie : meilleur rebond après un échec scolaire. Ce n’est pas moi qui ai été lauréat, ce sera peut-être pour la prochaine. Moi, j’étais un vrai looser. Comme on disait, j’ai dû vraiment respecter le cahier des charges.

Ça montre un peu tout ce qu’on peut faire dans la vie même après un gros échec. Donc, deux millions de dollars perdus aux États-Unis, ça ne va pas vous empêcher d’y retourner un jour.

Didier Roche : Moi, j’y retournerais. Après, est-ce que les autres y retourneront ? Peut-être qu’il faudra qu’Edouard ait vendu ses parts.

Olivier Roland : Oui, il a été refroidi.

Didier Roche : C’est une douche.

Olivier Roland : Là, vous aviez jusqu’à ce moment-là un track record impeccable finalement.

Didier Roche : Ça allait, oui.

Olivier Roland : Puisque tous les restaurants que vous avez ouverts à l’étranger, ça fonctionnait bien et cela fonctionne toujours bien aujourd’hui. L’entreprenariat, pour toi, est-ce que tu te verrais faire autre chose aujourd’hui ?

Didier Roche : Pas du tout.

Olivier Roland : C’est vraiment le cri du cœur.

Didier Roche : Non, l’entreprenariat, c’est quelque chose d’assez génial. Je suis risquophile.

Je suis devenu risquophile parce que j’aime l’émotion que ça procure, j’aime aussi me poser des questions quand je me plante parce que je n’ai pas planté que New York, je me suis planté aussi dans d’autres projets, parce que c’est une façon aussi de pouvoir porter un regard sur ce qui vient de se passer, sur comment penser autrement, sur réagir, sur ajuster le tir.

J’aime le risque. Maintenant, je ne vois pas m’embarquer dans autre chose que le risque.

Je disais il n’y a pas longtemps, j’interviens dans une soirée autour de l’entreprenariat, autour, de manière générale des femmes dans le business et celles qui n’osaient pas aller de l’avant. Si vous avez peur du risque, je vous conseille la routine, c’est mortel. Donc, faites ce que vous voulez.

Je suis là-dedans, je ne supporte pas la routine.

J’aime l’entreprenariat, je pense juste qu’il faut choisir le bon véhicule pour s’éclater. Ça peut être une association, ça peut être une coopérative, ça peut être une SASU, une SARL, une fondation et ce que vous voulez. Ça reste le fait d’entreprendre.

Et puis, il faut y aller, c’est la seule chance que l’on ait de donner vie à ses rêves.

Vous rencontrez plein de gens, vous croisez plein de monde. Si vous êtes quelqu’un d’un peu motivant, vous emmenez les gens avec vous et puis, vous vivez une belle histoire à plusieurs puisque c’est ça la vie, c’est vivre des belles histoires à plusieurs.

Olivier Roland : C’est un très beau résumé. C’est intéressant quand tu dis qu’on peut faire ça avec une structure associative. Est-ce que tu ne penses pas que dans l’entreprenariat, il y a aussi quand même une idée de rentabilité à un moment qu’avoir quelque chose qui puisse se tenir par lui-même ?

Didier Roche : C’est non. Encore une fois, tu peux faire développer des projets qui ont des caractères fortement sociaux.

Non, ça dépend du projet qu’on porte, c’est-à-dire que le business model, il est probablement dans certains cas de vendre ce que l’on fait, dans d’autres cas, c’est de susciter aussi l’appel au don, parce qu’il n’y a pas d’économie possible lorsque tu fais du charity. Parfois, il n’y a pas d’économie possible.

Moi, je développe l’électrification d’école en Afrique sub-Saharienne avec Edouard et Fabrice. Il n’y a pas de business model. Tu arrives, tu vas convaincre des chefs d’entreprise de mettre un billet de 5-6-7 milles euros sur l’électrification d’une école en Afrique. Et puis, le retour qu’eux vont en avoir, c’est ce qu’ils vont pouvoir communiquer en interne auprès de leurs collaborateurs et ainsi de suite, mais il n’y a pas de business immédiat.

Olivier Roland : Pour toi, l’aventure entrepreneuriale, c’est avant tout se lancer dans un projet qui nous tient à cœur, tient un peu de gueule, qui nous challenge, qui nous passionne et qui va porter de la valeur au final.

Didier Roche : C’est ça, de la valeur quelle qu’en soit, qu’elle soit monnayable ou pas.

Olivier Roland : Et tu as fait quoi comme étude ?

Didier Roche : J’ai fait de l’intelligence artificielle. Je me suis dit qu’un jour, si j’en manquais, peut-être que je devais en programmer.

Olivier Roland : Donc, tu n’as pas eu la chance de rater tes études ?

Didier Roche : J’ai eu moins de chance que toi.

Olivier Roland : Ça arrive.

Didier Roche : Non, je n’ai pas planté mes études. J’aimais l’informatique, ça m’a passionné, ça m’a permis aussi de concevoir une forme de pensée.

Dans l’intelligence artificielle, on utilise ce qu’on appelle la programmation récursive par moment et c’est une façon de penser autrement que de penser de manière ordinaire, qui pense plutôt de manière séquentielle. Aujourd’hui, j’ai le sentiment de voir où je vais atterrir.

Olivier Roland : Qu’est-ce que tu veux dire par là ?

Didier Roche : J’arrive à repartir de l’objectif pour arriver au point où j’en suis aujourd’hui, c’est-à-dire je vais construire un peu différemment ma manière de penser, mes modèles économiques, mes modèles de développement.

Aujourd’hui, on va dire : aujourd’hui, je fais ça, après, je fais ça, après, je fais ça. Moi, je pars de l’objectif et je démontre jusqu’à aujourd’hui. Je pense un peu à l’envers de ce se fait l’ordinaire parfois quand même sur mes projets.

Olivier Roland : Intéressant.

Didier Roche : Et du coup, je vais redévelopper ensuite les chemins par lesquels je vais amener mes équipes pour aller de manière séquentielle vers l’objectif que je me suis construit.

Olivier Roland : C’est vraiment un outil de réflexion de pensée et de stratégie.

Didier Roche : Oui, aujourd’hui, ça m’aide beaucoup.

Olivier Roland : Tout à l’heure, tu disais que tu es risquophile. Ça, c’est intéressant parce que chaque entrepreneur a un rapport aux risques qui est différent. Comment toi, tu prends des risques ?

Grosso modo, j’ai l’impression qu’il y a deux écoles de pensée dans l’entreprenariat. Tu as ceux qui brûlent leurs bateaux derrière eux. Ils arrivent sur une île, ils brûlent tout et ils disent : « C’est simple, soit on gagne, soit on meurt. » Il n’y a pas d’autres solutions. Et d’autres qui sont plutôt en mode Lean Startup, c’est-à-dire qu’ils essaient de mettre en place le produit minimum viable avec une petite expérience sur le terrain qui n’a pas beaucoup d’enjeux en tant que tels avec très peu d’investissements en temps, en argent, en tout cas, le minimum possible.

Et après, tu as tout un tas de nuance entre ces deux extrêmes, mais souvent j’ai l’impression que les entrepreneurs sont plutôt dans un des cas ou dans une autre. Toi, comment tu te décrirais ? Comment tu prends tes risques ?

Didier Roche : Comment je prends mes risques ?

D’abord, je n’ai pas d’attachement à l’argent. Pour moi, c’est un moyen, ce n’est pas une finalité en soi non plus. Etre le plus riche du cimetière, ce n’est pas mon objectif. De toute façon, on ne l’emmène pas de l’autre côté, c’est juste un moyen. Donc, si je dois miser 10 000 et je n’ai que 10 000, je les mise. Ça, c’est mon premier risque.

Olivier Roland : Est-ce que c’est 10 000 que tu peux te permettre de perdre ou tu vas aussi risquer, par exemple, ta maison ou ta chemise ?

Didier Roche : Moi aujourd’hui, si tous mes business se plantent, je n’aurais même plus de caleçon.

Olivier Roland : C’est tes seules sources de revenus. Tu n’as pas investi dans l’immobilier, dans d’autres sources de revenus, histoire de diversifier ?

Didier Roche : Je diversifie beaucoup. J’ai fait des affaires par opportunisme aussi de droite et de gauche. Mais au début, j’ai risqué tout ce que j’avais.

Je suis issu du prolétariat, tu ne pars avec pas grand-chose et tu construis, tu construis. Et puis au bout de 25 ans d’entreprenariat, tu t’es solidifié dans plusieurs business, tu t’es diversifié.

Donc, je me suis beaucoup diversifié, mais en m’endettant énormément avec un taux d’endettement qui est juste très important, mais il est partagé sur tout un tas de boîtes.

Aujourd’hui, si j’ai une boîte qui se plante, je dois rembourser puisque je suis garant à titre perso. Mais à la limite, tant pis, j’en vends une autre ou je vends des participations dans une autre pour couvrir ce risque-là.

Olivier Roland : Tu as un porte-folio aujourd’hui d’entreprise.

Didier Roche : Moi, j’ai encore fait un emprunt que j’ai signé samedi dernier. Normalement, on ne doit pas même me prêter sur cette boîte-là, mais on a quand même prêté parce qu’elle est en fond propre négatif, on a quand même prêté.

Olivier Roland : Parce qu’étant donné ton historique, le fait que tu es un bon client.

Didier Roche : Oui, c’est ça. La confiance, c’est aussi ça. L’entreprenariat, c’est la confiance que tu peux donner.

Je risquophile aussi dans le fait de me dire : si cette boîte-là se plante, tant pis, l’important, c’est tout y donner et si elle se plante, elle se plante.

Donc, j’ai moins d’amour propre sur le sujet de planter une boîte alors qu’avant, il ne fallait pas que je la plante parce que j’avais beaucoup d’attachement sentimental aux choses que je pourrais créer.

Risquophile aussi là-dedans, dans le fait de ne plus avoir cet attachement à titre égocentrique sur la réussite ou pas du projet parce qu’aussi, je pense que mon parcours fait qu’on te reconnait pour ce que tu fais et pour ce que tu as fait, tu t’es reconnu aussi au travers de ça.

Je me dis si j’en plante une, c’est aussi la vie de l’entrepreneur que de se planter de temps en temps. Puis, c’est comme ça qu’on apprend aussi.

Donc risquophile non pas parce que j’aime le risque pour le risque, j’aime le risque pour l’adrénaline qu’il délivre, j’aime le risque pour le fait d’emmener des gens comme je te disais tout à l’heure. C’est en ça que j’aime le risque.

Ce n’est pas le risque pour le risque, c’est le risque pour tout ce que ça génère autour, le fait que les gens te font confiance aussi.

Il y a un moment où tu orientes, tu écoutes, tu prends de ce que les gens te disent, tu avances avec eux. C’est ça le risque, c’est évidemment le partage.

Olivier Roland : Les entrepreneurs ont quand même un état d’esprit qui est assez unique par rapport à celui de la plupart des gens parce que déjà cette notion de prise de risque, beaucoup de personnes ne sont pas prêtes à l’accepter ou à le prendre. Est-ce que tu as quelque chose que la plupart des gens estiment vrai avec lequel tu n’es pas d’accord ou est-ce que tu penses peut-être d’une manière que la plupart des gens estiment fausse et que tu penses que c’est vrai ?

Je cherche un peu si tu as une manière de voir les choses qui est un peu différente de celle de la majorité.

Didier Roche : Inévitablement, quand on est différent et quand on l’a été tôt, on porte un regard sur les choses qui potentiellement est différent. Moi, j’ai toujours entendu dire : « Tu ne peux pas parce que tu ne vois pas. » ça m’a galvanisé, j’ai envie de te dire.

Olivier Roland : Tu t’es dit : challenge accepted.

Didier Roche : C’est ça, banco, on y va.

A chaque fois, j’ai dû imaginer concevoir des dispositifs, des façons d’aller qui contournaient finalement les cadres ordinaires. Donc, oui, je suis capable de manipuler des dispositifs qu’aujourd’hui, on n’utiliserait pas pour ça.

Par exemple, le crédit coopératif où tu mets un projet sur une plateforme et puis des gens ou de boîtes viennent financer ton projet avec un taux d’intérêt et tu n’as pas de garantie personnelle.

Un jour, j’étais face à un problème, c’est que je devais lever énormément d’argent rapidement. J’avais les boîtes de mon groupe ou des boîtes amis qui étaient capables de me prêter de l’argent sauf qu’en France, on ne peut pas se prêter entre boîtes, c’est interdit.

Qu’est-ce que j’ai fait ?

J’ai mis mon projet sur une plateforme de crédit coopératif et puis, des boîtes sont venues mettre l’argent. Et là, on m’a dit…

Olivier Roland : Et là, ça passe.

Didier Roche : On n’y a jamais pensé.

Olivier Roland : Donc, tu as trouvé le hack.

Didier Roche : J’ai trouvé le hack.

J’ai utilisé un système, ce qui fait que mes boîtes me prêtent tant. Je me suis prêté à des taux d’intérêt beaucoup moins moindre que si c’était des gens que je ne connaissais pas qui venaient prendre le risque.

Olivier Roland : ça, c’est parfaitement légal.

Didier Roche : C’est parfaitement légal.

Des boîtes ne peuvent pas se prêter directement, mais au travers de plateforme, le crédit coopératif peut le faire.

Olivier Roland : A travers de plateformes de Crowdfunding, tu penses que c’est possible ?

Didier Roche : Probablement aussi, sauf que c’est un don direct, donc c’est un peu différent.

Olivier Roland : Tu as différentes manières de faire du Crowdfunding, tu as les dons et tu as aussi des plateformes qui permettent de prêter à des entreprises ou même d’acheter des actions et tout ça.

Didier Roche : C’est le crédit collaboratif. Donc, à partir de là, oui, il n’y a aucun problème.

Olivier Roland : Est-ce que quand on est entrepreneur en France, il faut savoir hacker les règlements comme ça ?

Didier Roche : Il faut savoir utiliser l’environnement qu’on te propose pour avancer. L’entrepreneur, il a des règles du jeu, puis il joue avec. Il faut savoir le faire.

Olivier Roland : Il essaie de trouver les règles et trouver des manières créatives de l’utiliser en restant dans les clous, mais peut-être pas de la manière dont ça avait été prévu par le législateur.

Didier Roche : C’est-à-dire qu’il faut savoir avancer, il faut savoir jouer avec ce qu’on te donne.

Olivier Roland : Et ça fait partie aussi de l’excitation dans les jeux.

Didier Roche : C’est complètement le truc. Moi, quand j’ai trouvé le dispositif et que j’appelais une plateforme de crédit coopératif, il y a eu un blanc au téléphone et je dis : c’est juste génial ce que vous me proposez là.

Il y a un mec qui a fait un bouquin sur ses modes de plateforme de collaboration et j’ai été cité comme étant le premier à l’utiliser et du coup, j’espère que d’autres l’ont fait, détourner le système pour pouvoir me prêter moi-même.

Olivier Roland : En espérant que ça ne va pas être comblé un jour par une loi patch.

Didier Roche : Ce serait dommage.

Olivier Roland : Oui, ce serait dommage.

Avec la démocratisation du Crowdfunding et tout ça, ça serait peut-être allé à contre-courant de la tendance actuelle.

On a un excellent exemple, on a beaucoup de choses qui finalement sont communes aux entrepreneurs : la volonté de rebondir après les échecs, le fait qu’on te dit que tu ne vas pas pouvoir et ça te stimule et, au contraire, tu vois ça comme une source d’énergie plutôt que comme une source de découragement.

Didier Roche : Et de négociation puisque moi, aujourd’hui, j’ai discuté un autre gros projet, il n’y a pas longtemps. J’ai dit aux banques : « de toute façon, vous me suivez ou pas ? » On me dit : « de toute façon, vous savez très bien que sans nous, vous allez le faire quand même. Donc, on va regarder votre dossier avec sérieux. » Faites comme vous voulez. Moi, sans vous, je sais faire.

Du coup, ça devient un moyen de pression. Là où avant, elles faisaient la pluie et le bon temps, maintenant elles ne peuvent plus.

Olivier Roland : Oui, parce que finalement tu montres que tu n’as pas tellement besoin d’eux, c’est bien si je veux le projet, mais ce n’est pas non plus indispensable. Ce n’est pas du tout le même rapport de force forcément.

Didier Roche : Ce n’est pas indispensable et je vais le faire ailleurs.

Là, si on cumule tout le projet où j’ai travaillé sans elles, c’est quand même 1 600 000 euros qu’elles n’ont pas vu passer.

Olivier Roland : C’est sur quel projet ?

Didier Roche : J’ai racheté un immeuble à Bordeaux pour faire la peau à un mec dans les affaires qui n’étaient pas propres du tout et je n’aimais pas du tout sa façon de faire. J’ai été vexé, donc j’ai acheté un immeuble par vexation.

Olivier Roland : C’est vrai ? C’est un immeuble que lui avait ?

Didier Roche : Oui, c’est un mec un peu glauque qui a voulu prendre l’immeuble après le décès d’une vieille personne. Il ne se comportait pas bien, il voulait mettre un papy de 86 ans à la porte et quand je l’ai appris, ça m’a semblé juste insupportable.

Olivier Roland : Tu as voulu acheter l’immeuble pour ça. C’est dingue ça.

Didier Roche : Il s’est comporté comme quelqu’un de puant et il m’a pris pour un con parce que j’étais non-voyant et j’ai dit : « Attends, tu vas voir ».

Un jour, on m’a appelé et on m’a dit : « écoute, on a trouvé le petit vieux, il était en larme dans le couloir, il faut faire quelque chose ». Je veux juste lui faire la peau.

Ce n’est juste pas possible, donc, par vexation j’ai racheté cet immeuble-là. Et donc, je te passe les affres qu’il y a eu autour de ça.

C’est un business auquel il va tourner à terme 1 600 000 euros et les banques que j’ai encore vues ce week-end disent qu’on était trop con. J’ai dit : oui. Il ne faut pas être trop con deux fois.

Olivier Roland : Donc là, tu vas avoir l’immeuble et tu vas garder.

Didier Roche : J’ai l’immeuble depuis 3 ans.

Olivier Roland : Et le petit vieux, comme tu dis, est toujours là.

Didier Roche : Il y a une redivision de l’immeuble qui va être vendue. J’ai re-confié ça à une boîte et ils m’ont dit : « On fait quoi du papy en bas ? » J’ai dit : « Vous le savez très bien, on n’y touche pas, vous avez compris ». Il est là, on n’y touche pas.

Vous pourriez vendre l’autre, je m’en fous, tant qu’il est là, on n’y touche pas. Qu’il a un loyer ridicule, les gens disent : « Mais tu ne sais pas faire des affaires ». Je m’en fous.

Un jour, il partira. On ne touche pas.

Olivier Roland : C’est ça aussi quand tu réussis et que finalement tu gagnes de l’argent, tu peux l’utiliser de cette manière pour créer un peu plus de justice dans le monde.

Didier Roche : On peut le dire comme ça.

Moi, je ne supporte pas l’injustice et je ne supporte pas les gens qui sont aveugles de l’argent, n’ont pas de scrupule. Ils se foutaient de la jeune femme non-voyante que j’ai aidée à monter un spa. Le spa est dans ce fameux immeuble, il se moquait d’elle, c’était insupportable. Moi, je ne supporte pas ça.

Et le coup de grâce, c’est quand les filles du spa m’ont appelé : « écoute, on a retrouvé le papy, il est en larme dans le couloir, il est encore venu le voir et il a dit : « de toute façon, le bail que vous avez un bail rural, ça ne vaut rien, je vais vous mettre dehors puisque le loyer est ridicule et moi, je vais tout revendre ». J’ai dit : « c’est bon, il faut l’arrêter ».

Olivier Roland : Quel est ton prochain grand projet à part ça ?

Didier Roche : Je vais développer les spas dans plusieurs villes en France.

Olivier Roland : Ça, il faut que je teste, c’est le massage entièrement dans le noir.

Didier Roche : On refait toute la boutique à Paris, on va développer un conceptor qui devrait normalement… On peut y aller, mais le nouveau spa devrait être en fonction aux alentours de 10 novembre.

Après, je vais développer une gamme de produits cosmétiques. Ça, c’est pour la partie spa. On va continuer le développement en international en co-production. On est en train de mettre en place tout un système de ferme qui va produire les produits qu’on va utiliser au restaurant « Dans Le Noir ? », on va utiliser les déchets du restaurant « Dans Le Noir ? » pour alimenter la ferme, donc on va faire ainsi du service circulaire, on est en train de monter ça. Voilà pour le groupe.

Olivier Roland : Donc, tu as encore de quoi faire pendant un moment.

Didier Roche : Je rêve d’acheter un centre équestre aussi.

Olivier Roland : Un centre équestre ? Pour faire quoi ?

Didier Roche : Je ne sais pas, ce sera un peu ma danseuse. Pour les 20 prochaines années, avoir un centre équestre, ça me plairait bien.

Olivier Roland : Est-ce que tu ferais ça dans le noir ?

Didier Roche : Non,

Olivier Roland : Ok, d’accord. Le cheval dans le noir parce que finalement, ça pose des questions.

Didier Roche : Oui, sur Bordeaux, il y en a qui le font.

Olivier Roland : Ah, c’est vrai ?

Didier Roche : Oui, on peut monter.

L’idée, c’est un jour peut-être d’avoir le centre équestre et puis peut-être de montrer à des cavaliers qui voudrait venir comment moi, je monte et essayer de leur faire passer ma manière que j’ai de percevoir le cheval.

C’est peut-être moi ou d’autres personnes non-voyantes ou handicapées pour qu’ils aient de nouvelles sensations, pour qu’ils vivent l’équitation autrement. Mais ça serait la cerise sur le gâteau le centre équestre parce que c’est un rêve que j’ai depuis très longtemps. Et donc, de monter un business model qui fasse que tout le système s’autofinance.

Olivier Roland : Et tu fais du cheval ?

Didier Roche : Oui, je fais de l’équitation depuis pas mal d’années.

Olivier Roland : Et tu fais d’autres sports ?

Didier Roche : Je fais de temps en temps du ski aussi, ski alpin.

Olivier Roland : Tu fais du ski ? Comment ça marche alors ?

Didier Roche : Comment ça skie, ça skie bien. J’ai un guide derrière moi qui me guide à droite à gauche ou qui me délivre. Donc quand il me délivre, je fais ce que je veux. Et puis, il me reprend un moment, à droite à droite, à gauche à gauche et on avance comme ça. Je fais très court.

On dévale les pentes. Puis, quand il y a un moment, ça devient un peu compliqué quand on fait les choses à fond.

Il me dit : « main droite », donc, je tends ma main droite comme ça et il me prend la main et on skie la main dans la main. Et là, il me dit : « c’est un pur moment de te permettre ça. Moi, je te regarde, je te vois tout sourire ». Je dis : « tu n’imagines pas à quel point je suis aux anges ».

Olivier Roland : Extraordinaire.

Didier Roche : C’est un beau moment d’amitié qu’on vit tous les deux.

Olivier Roland : Ça, c’est vraiment un magnifique exemple, il ne faut pas se laisser arrêter par un handicap ou des contraintes si on veut réaliser quelque chose.

Didier Roche : Non, avec tous les risques.

Quand je fais du ski, je ne sais pas ce qui va se passer dans le quart de seconde qui suit. Lui prend des risques aussi puisque parfois, il me fait passer tout près de choses dangereuses, sans panique, tout le temps dans le zen.

Une fois, j’ai tapé un poteau de piste comme ça. Le poteau s’est décroché, je suis tombé et j’ai roulé et le filet s’est enroulé autour de moi et donc j’étais complètement saucissonné dans le filet. Je suis passé au milieu de trucs comme ça dans le bas-côté. Il vient me voir et fait « mais qu’est-ce que tu fais Didier ? » On se marrait et je fais : « tu vois, c’est comme ça qu’on pêche le thon à la montagne ».

Et là, tout le monde autour qui était un peu catastrophé, c’était l’hilarité totale. Ils m’ont déroulé de mon filet, ils m’ont sorti et je suis remonté sur le ski et puis, on est reparti.

Une fois, j’ai skié comme ça, ça faisait 2 ou 3 minutes que je skiais, il ne me parlait plus, je m’éclatais comme ça et je me dis : « ça se trouve, je vais tomber ».

J’étais paniqué et je disais: « Jean-Pierre ». Il arrive et il a dû voir ma tête : « Mais qu’est-ce qu’il y a ? » « Tu es là, j’ai eu peur, ça fait juste 2 minutes que je skie tout seul ». J’ai dit : « Non, je te suis, je suis derrière toi ». Il m’a dit : « j’ai cru que tu étais tombé ».

Olivier Roland : Qu’est-ce qui se passe s’il tombe ?

Didier Roche : Il crie, puisqu’il y a quelqu’un à qui c’est arrivé. Il part et le guide n’a pas le temps de suivre le redémarrage et il tombe. Et le guide arrive, il freine et le guide dit : « Mais tu ne te rends pas compte, heureusement que tu es tombé. Lève-toi » et à 4 mètres de lui, il y a un rocher.

Olivier Roland : Incroyable, le mec est tombé et à 4 mètres, il y a un rocher.

Didier Roche : Une fois, j’avais une copine qui me guidait. Elle était en dessous de moi à ce moment, le guide maintenant est derrière moi, mais avant, je ne savais pas. Elle était en dessous de moi et elle me criait : « à droite ». Et je vais à droite et je tombe dans un trou et elle criait : « non, l’autre droite ». Et je dis : « ça s’appelle la gauche ».

Olivier Roland : Du coup, ça m’interroge que tu n’as pas mangé depuis hier soir. Est-ce que ça veut dire que c’est parce que tu travailles beaucoup et que tu n’as pas eu le temps de manger ?

Didier Roche : Je suis pauvre, donc, je ne peux manger qu’une fois par jour Olivier. Non, en fait, depuis janvier, je ne prends plus de petit déjeuner.

Olivier Roland : Tu fais donc le jeûne intermittent.

Didier Roche : J’ai découvert, ça s’appelait le jeûne intermittent, mais je me suis rendu compte que je mangeais plus par habitude que je n’avais faim. Je ne mange pas un café ou un truc comme ça, mais je ne mange plus et ça ne me manque pas.

Il y a quelqu’un qui me dit : « Mais tu sais, c’est vachement bien pour le foie et tout » et j’ai dit : « écoute, non, je ne savais pas ».

Je ne le fais pas par religion ou autres, je le fais parce que je n’ai pas envie. Puis, je n’ai plus du coup de barre qui arrive, je me sens mieux, c’est juste pour ça.

Olivier Roland : Est-ce que tu ne manges pas de 21h à midi par exemple ? C’est juste que tu sautes le petit dej.

Didier Roche : Je saute le petit dej et quand j’ai le petit déjeuner parce que ça arrive dans les affaires qu’on ait le petit déjeuner, c’est bien volontiers que je mange mon pain au chocolat, mon croissant ou je ne sais quoi. Je n’ai pas de religion. Il ne s’agissait vraiment pas de religion, c’est comme ça depuis janvier.

Olivier Roland : Même pas un petit café le matin ?

Didier Roche : Si, je prends le café. Quand je bois, je bois le café-thé, je ne prends pas de sucre et rien.

Olivier Roland : Donc, pas de champagne le matin. Quand tu disais que tu bois, c’est le café-thé.

Je pense qu’on a eu un très beau partage de ta part sur ton parcours, puis ce qui fait vibrer l’entreprenariat, comment tu as démarré « Dans Le Noir ? ». Est-ce que tu as des conseils à donner aux personnes qui voudraient se lancer dans l’entreprenariat aujourd’hui ?

Didier Roche : Des conseils, on en a plein, mais d’abord, ne pas avoir comme objectif l’argent. Ça, c’est la première chose.

La deuxième chose, c’est qu’il faut savoir être sourd de temps en temps.

Les gens qui vous donnent plein des conseils autour, très souvent ils projettent vers vous le fait qu’ils ont eu envie de le faire et qu’ils ne l’ont pas fait. Les gens qui vous disent « mais attention, ce n’est pas possible », c’est pareil, il y a un moment où il faut savoir ne pas les entendre ou ne pas les écouter.

Il faut ne pas s’arrêter aux problématiques d’argent.

Un projet qui est bien conçu, qui est bien bâti, il n’y a pas de raison qu’il ne trouve pas une résonnance financière quelque part. En France, aujourd’hui, c’est relativement facile de pouvoir entreprendre, vous avez tout un tas de dispositifs particuliers : par l’emprunt, par l’emprunt solidaire, par les banques.

Évidemment, on a vu tout à l’heure le Crowdfunding, les crédits collaboratifs et ainsi de suite, love money. Il y a plein de solutions.

Il faut vraiment d’abord écrire son rêve. Ensuite, on voit comment on peut faire financer.

On peut faire financer en plusieurs étapes. On peut commencer par un petit truc et puis, avancer, construire par brique.

Se dire aussi que la première boîte qu’on lance, le premier projet qu’on a, c’est rarement celui dans lequel on va se développer à terme, c’est souvent un tour de chauffe, c’est ce que je remarque.

Il faut savoir aussi s’entourer, savoir écouter des gens. Tout à l’heure, je disais « ne pas toujours écouter, mais il faut savoir aussi écouter ». Il y a des gens qui sont des références.

Il faut s’inspirer aussi. Il faut être curieux, il ne faut pas être obstiné de manière j’ai envie de dire inutile, c’est-à-dire qu’à un moment, il faut savoir se poser aussi, regarder ce qui a marché et ce qui n’a pas marché. Pourquoi ça n’a pas marché ?

Ne jamais perdre de vue que faire un peu plus de la même chose, on obtient un peu plus du même résultat, ce qui vous conduit vers l’échec. Si vous continuez, ça va vous renforcer dans la situation d’échec.

Ne jamais avoir peur d’échouer, puisqu’on apprend dans l’échec.

Ne jamais vivre l’échec de quelque nature qu’il soit comme quelque chose de mauvais. Il faut toujours le regarder de manière positive parce que c’est la chance de pouvoir aller vers autre chose différemment et peut-être davantage réussir.

Quand on est en couple, c’est être franc avec la personne avec qui vous partagez votre vie et tenir la parole, c’est-à-dire que la personne ne doit pas avoir l’impression que vous louvoyez, que vous mentez.

Si vous donnez des objectifs dans votre couple en lien avec votre entreprise, il faut savoir le tenir : je serais là, je serais présent pour toi. Ça, il faut le tenir. Ou plutôt dire si on n’en est pas sûr de le tenir, je ferais ce que je pourrais.

Ne pas donner à l’autre ce qu’il a envie d’entendre, lui donner ce que vous allez pouvoir donner.

Ça, c’est très important parce que si la vie entrepreneuriale peut se vivre seule, la vie tout court lorsqu’elle est partagée, elle se vit à deux avec la famille et elle a un impact inévitable dans votre vie entrepreneuriale.

Donc ça, c’est important d’être en phase avec la personne avec qui vous vivez, avec les personnes avec qui vous vivez.

Je pense que j’ai un peu trop ignoré ça au début et ça a créé beaucoup d’incompréhensions, beaucoup de problématiques et on s’enferme.

Donc, c’est vraiment arriver à bien penser et à bien marier les deux vies.

La vie personnelle aussi est importante, savoir se donner des bouffées d’oxygène. Le sport en est une, la culture ou autres choses.

Regarder Olivier pour s’inspirer de tout ce qu’il produit, c’est une façon aussi de vivre sa vie personnelle.

C’est un tabouret à trois pieds : le pro, la famille et le perso. Il faut bien respecter ça.

Vous donnez des bouffées de déstresse.

Moi, c’est le sport et je pense que ça pourrait être d’autres. C’est important aussi de trouver comment arriver à se déstresser.

Et puis, ne jamais être avare de ses réussites.

Si on est relativement seul dans l’échec, on est souvent plusieurs dans la réussite. La réussite a plusieurs paires, il faut savoir la partager. Là où malheureusement l’échec n’en a qu’un, c’est souvent l’entrepreneur à qui on accorde volontiers l’échec.

Par exemple à Re.Start Awards, vous avez vu, je suis monté avec deux personnes. C’était volontaire parce que je souhaitais partager ce Re.Start, ce trophée avec des gens.

D’abord, c’était pour moi l’occasion de vivre de nouvelles émotions. J’ai vécu celle qui m’était directement adressée, mais celle qui était aussi adressée à mes collaborateurs qui ont été chacun à leur tour applaudis.

Donc, cela a été trois moments d’émotion. C’est une petite parenthèse dans nos vies dont on se souviendra beaucoup tout le temps à trois.

Ce partage de trophée, on est redescendu, j’étais galvanisé aussi pour aller affronter le lendemain. On parlait à leurs équipes, donc, c’est aussi un formidable outil de management que de savoir partager sa réussite.

Ne pas avoir le petit ego qui génère beaucoup de frustrations, mais le véritable grand ego qui s’inscrit dans le partage parce que je pense que le seul moyen de pouvoir en jouir, c’est de savoir mettre son ego au service des autres plutôt que de le garder pour soi.

Olivier Roland : Merci pour tous ces conseils, j’espère que vous avez pris bonne note. Il y a plein de choses inspirantes et pratiques à mettre en pratique dans votre vie.

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