đŸ„— Dans Le Noir : Comment Didier Roche a crĂ©Ă© les cĂ©lĂšbres restaurants et spas

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A 18 ans, j’ai dĂ©cidĂ© de quitter l’Ă©cole pour crĂ©er ma premiĂšre entreprise. Je n’avais qu’une envie : ĂȘtre libre. AprĂšs avoir surmontĂ© de nombreux obstacles, j’ai rĂ©ussi Ă  mettre mon entreprise au service de ma vie, plutĂŽt que d’avoir une vie au service de l’entreprise… Aujourd’hui, je voyage 6 mois par an et j’inspire des milliers d’entrepreneurs et de crĂ©ateurs Ă  ĂȘtre plus libres et plus heureux.

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Transcription texte (littĂ©rale) de la vidĂ©o “đŸ„— Dans Le Noir : Comment Didier Roche a crĂ©Ă© les cĂ©lĂšbres restaurants et spas” :

Olivier Roland : Salut les rebelles intelligents, je suis actuellement avec Didier Roche. Salut Didier.

Didier Roche : Bonjour.

Olivier Roland : Je pense qu’il n’y a pas encore beaucoup d’entrepreneurs qui te connaissent, mais je pense que tout le monde connait l’entreprise que tu as crĂ©Ă©e puisque tu es le crĂ©ateur de ?

Didier Roche : Je suis l’un des cofondateurs des restaurants « Dans Le Noir ? », spas « Dans Le Noir ? ». J’ai cofondĂ© tout ce groupe-lĂ  avec deux autres associĂ©s.

Olivier Roland : Pour ceux qui ne connaissent pas le concept, « Dans Le Noir ? », vous allez dans ce restaurant et votre expĂ©rience entiĂšre de repas se passe dans l’obscuritĂ© la plus totale. Vous ne voyez absolument rien et tout est fait pour que vous ne puissiez pas utiliser de lumiĂšre, on vous confisque vos tĂ©lĂ©phones Ă  l’entrĂ©e et on fait en sorte qu’il n’y a pas de triche possible.

Donc, c’est toi et tes associĂ©s qui avaient eu l’idĂ©e il y a quelque temps, on va parler de ça. Et en fait, ce sont des serveurs qui sont aveugles qui vont nous guider jusqu’à la table et nous servir pendant tout le repas. Pour eux, ça ne change pas grand-chose par rapport Ă  leur quotidien.

Je peux vous parler d’expĂ©rience parce que je suis dĂ©jĂ  allĂ© 3 fois au restaurant « Dans Le Noir ? » Ă  Paris qui est le premier restaurant historique et c’est vraiment une expĂ©rience extraordinaire que je vous recommande fortement.

Tout est diffĂ©rent. Des trucs aussi simples que remplir son verre, ça demande dĂ©jĂ  de comprendre comment on fait pour savoir que le verre est rempli ou pas. D’ailleurs, les serveurs nous expliquent. Il s’agit de mettre le doigt juste de lĂ  et quand vous versez votre vin ou votre eau dans le verre, vous sentez oĂč est le niveau dans le verre.

C’est simple, il y a des tas des choses comme ça qui changent complùtement.

Et le grand jeu quand vous venez dans ce restaurant, c’est de deviner ce qu’on est en train de manger. A chaque fois, j’ai pu deviner peut-ĂȘtre la moitiĂ© de ce que je mangeais et j’ai dĂ» me tromper peut-ĂȘtre sur 1/3 des trucs, parce qu’à la fin, il vous montre une photo de ce que vous avez mangĂ© et c’est juste une grande dĂ©couverte.

Je vous encourage si vous n’avez pas fait l’expĂ©rience Ă  le faire.

On va partir au dĂ©but, Ă  la genĂšse de ce projet. Comment dĂ©jĂ  tu as eu l’idĂ©e de ça ? Est-ce que c’est toi qui as eu l’idĂ©e, est-ce que c’est un de tes associĂ©s ?

Didier Roche : L’idĂ©e est trĂšs ancienne. Dans les annĂ©es 90, en Allemagne, un chercheur sur les sens s’est vu confier une mission d’étude et pour dĂ©velopper son projet, il a imaginĂ© faire un parcours dans le noir absolu. Et donc, il a fait cheminer des gens dans diffĂ©rents univers et cette aventure, le parcours dans le noir, s’est dĂ©veloppĂ©e dans le monde entier et Ă  un moment, c’est venu en France.

Il y a un monsieur qui s’appelle Michel Reilhac qui avait vĂ©cu ça en Allemagne et qui l’a ramenĂ© en France. Et Ă  l’occasion d’un festival d’Avignon, il a exploitĂ© une petite salle qui Ă©tait Ă  la fin du parcours et, un soir, il a fait des dĂźners entre copains et lĂ , il s’est dit : mais il y a un truc magique qui se passe. On Ă©tait dans les annĂ©es 93.

Il a dĂ©cidĂ© d’en faire un jour un vĂ©ritable projet d’animation et, dans les annĂ©es 99, il a dĂ©cidĂ© d’ouvrir Ă  Paris dans le festival Paris Quartier d’étĂ© les premiers dĂźners « Dans Le Noir ? » ouverts au public. Et lĂ , il cherchait des partenaires pour bosser avec lui.

Il a rencontrĂ© l’association Paul Guinot dont j’étais l’administrateur et il a dit : « Est-ce que vous accepterez de m’aider Ă  faire quelque chose ? ». Et on est parti dans cette aventure, on Ă©tait en 1999.

Et puis, des expériences comme ça se sont montées un peu partout en France de maniÚre ponctuelle, en Europe également.

Le premier restaurant officiel est né en Suisse en 2003.

A l’occasion d’un voyage que l’un des associĂ©s avait fait Ă  cette Ă©poque en Suisse, les amis qui le recevaient l’ont amenĂ© dans ce restaurant et Edouard a dĂ©cidĂ© de faire ce restaurant-lĂ  Ă  Paris.

C’est comme ça. Lorsqu’il est rentrĂ© en France, il a cherchĂ© des gens qui pouvaient Ă©ventuellement l’aider et il est Ă©videmment tombĂ© sur moi et Fabrice le troisiĂšme associĂ© qui nous faisions ça de maniĂšre ponctuelle depuis 1999, depuis 5 ans dĂ©jĂ .

Il nous a demandĂ© de l’accompagner et de l’aider et c’est comme ça qu’on a cofondĂ© ensemble le groupe qui porte les restaurants « Dans Le Noir ? ».

On a plein d’autres activitĂ©s.

Tu parlais des spas Ă©galement. On a dĂ©veloppĂ© ce concept-lĂ  dans l’univers du spa oĂč vous ĂȘtes massĂ©s dans le noir absolu ou en lumiĂšre tamisĂ©e, selon, mais trĂšs souvent le noir absolu que les gens choisissent avec des personnes aveugles qu’on a formĂ©es pour ça.

Et donc, on a dĂ©clinĂ© tout un tas d’autres projets dans cette entreprise-lĂ .

Il y a une agence qui s’appelle Ethik Connexion, on va aider des gens Ă  connecter leur public avec la diversitĂ©, donc penser Ă  des produits, des services autrement que ce qu’ils le font.

Et on a crĂ©Ă© des boutiques Ă©galement, on est implantĂ© dans plusieurs pays, plusieurs continents. Le dernier ouvrĂ©, c’est Ă  Melbourne. LĂ , on ouvre bientĂŽt au Maroc et on est en train aussi de voir pour l’AmĂ©rique Latine.

On se développe comme ça à travers le monde.

Olivier Roland : Le premier restaurant Ă  Paris, c’était en quelle annĂ©e ?

Didier Roche : En 12 juillet 2004.

Olivier Roland : Est-ce que tu peux nous parler un peu de la premiĂšre fois de l’ouverture ? Comment ça s’est passé ? Quelles ont Ă©tĂ© les prĂ©parations ? Est-ce que vous avez fait des erreurs ?

Didier Roche : Il a fallu tout d’abord convaincre la ville de Paris que nous allions faire manger des gens dans le noir absolu en atteignant le fameux panneau Exit qui indique comment on sort de lĂ . Ça a Ă©tĂ© toute une discussion, une nĂ©gociation.

On a été fortement appuyé par un ami non-voyant qui était élu à la ville de Paris, Monsieur Hamou Bouakkaz qui nous a accompagnés dans la discussion avec les différents services de la Mairie.

Alors, on a eu des obligations du type, il fallait qu’on soit en capacitĂ© d’ĂȘtre autonome Ă©lectriquement s’il devait y avoir un problĂšme dans le restaurant. Donc, on a dĂ» mettre en place deux armoires de batterie au sous-sol parce qu’il fallait absolument que les sorties de secours puissent s’allumer et reste allumĂ© le temps qu’on Ă©vacue le restaurant.

Je vous laisser imaginer deux batteries de secours, on aurait pu tenir pendant 15 jours d’électricitĂ©. Enfin, il fallait les rassurer.

Et puis aprĂšs, ils nous ont demandĂ© quelques dispositifs de sĂ©curitĂ© contre lesquels on a Ă©tĂ©, mais il a fallu qu’on leur montre.

Par exemple, ils voulaient absolument qu’on rallume plein feu en cas de problĂšme, alors il a fallu qu’on fasse venir les pompiers, les commissions de sĂ©curitĂ©, qu’on les mette dans le noir absolu. A un moment, on a fait une simulation d’évacuation, on a mis plein feu. Et lĂ , qu’est-ce qui s’est passé ? Ils ont Ă©tĂ© aveuglĂ©s par la lumiĂšre plein feu.

Ils ont dit : « non, ça ne marche pas. » On dit : « non, il faut faire comme on vous dit », c’est-Ă -dire faire des petites lumiĂšres allumĂ©es doucement, sinon on Ă©blouit les gens et du coup, on ne peut pas les Ă©vacuer.

On a eu quelques petites surprises comme ça et puis aprÚs, on a finalement ouvrir.

Olivier Roland : Ils ont quand mĂȘme eu la souplesse d’accepter un concept nouveau.

Didier Roche : On a eu la chance de pouvoir
 évidemment Securitas Veritas, tout le monde est passé, on a eu à faire tout un tas de contrÎle.

On a montrĂ© qu’on pouvait assurer la sĂ©curitĂ© des gens, on a passĂ© plus d’un million cinq cent mille personnes dans tous nos restaurants et dans toutes nos diffĂ©rentes activitĂ©s Ă©vĂšnementielles parce qu’on en fait plein d’évĂšnementiels aussi Ă  travers le monde sans jamais avoir un seul accident.

Aujourd’hui, maintenant quand on intervient, c’est un peu plus tranquille qu’au dĂ©but, mais il a fallu arriver Ă  convaincre les services sĂ©curitĂ©s, puis il a fallu aussi convaincre les banques qu’on n’a pas convaincues. On a eu treize banques, treize refus, parce que le modĂšle n’existait pas. Donc, on a dĂ» autofinancer tout le processus de crĂ©ation de boĂźte et le lancement du groupe.

Olivier Roland : Et comment vous avez fait pour ça ?

Didier Roche : Edouard avait pas mal gagnĂ© d’argent dans la nouvelle technologie et puis il avait quelques amis aussi qui avaient un peu d’argent qu’ils mettaient Ă  disposition et on a rĂ©uni Ă  peu prĂšs 800 000 euros. Ils ont rĂ©uni Ă  peu prĂšs 800 000 euros pour pouvoir dĂ©marrer.

Olivier Roland : Quelle a Ă©tĂ© la campagne de promotion pour accompagner l’ouverture de ce premier restaurant ?

Didier Roche : Par chance, TF1 est vite venu. Donc, on a ouvert en juillet.

Nous, quand on faisait des concepts qu’on appelait « le GoĂ»t du noir » qui Ă©taient des concepts ponctuels avec Michel Reilhac et l’association Paul Guinot.

Je parlais tout Ă  l’heure, les mĂ©dias venaient assez rapidement. Et donc, on avait toute une liste de mĂ©dia qui nous disait : « Si un jour, vous ouvrez de maniĂšre permanente, il faut nous informer parce qu’on trouve ça tellement gĂ©nial qu’on s’en fera le relais dans la presse et dans les mĂ©dias. »

On a ouvert en juillet et en septembre, TF1 est venu, on faisait le 20 heures de TF1.

Le premier ministre de l’époque est venu Ă©galement, Raffarin, accompagnĂ© par sa femme. Ça a aussi suscitĂ© pas mal d’enthousiasme du cĂŽtĂ© mĂ©dia et le bouche-Ă -oreille est vite venu, les mĂ©dias sont venus.

Et Ă  l’époque, les mĂ©dias Ă©taient un vecteur trĂšs fort de vente. Ce n’est plus le cas aujourd’hui puisqu’aujourd’hui, les mĂ©dias font la crĂ©dibilitĂ©, ils font la notoriĂ©tĂ© lĂ  oĂč la vente se fait essentiellement par le web, par la communication que l’on peut aire par le web.

Mais Ă  l’époque, ça a marchĂ© comme ça et on a trĂšs vite rempli. Au bout de quelques mois, on remplissait rapidement grĂące aux mĂ©dias.

Olivier Roland : Ce qui est intĂ©ressant Ă  ce que tu dis, c’est que vous n’avez pas non plus crĂ©Ă© le concept Ă  partir de rien. Tu m’as dit dĂ©jĂ  qu’il y avait des expĂ©riences dans le monde, il y avait eu un restaurant en Suisse
 Mais vous, vous avez testĂ© sur le terrain avec ces expĂ©riences, donc « le GoĂ»t dans le noir ». C’est ça ?

Didier Roche : AppelĂ©es « Le GoĂ»t du noir », qui est un concept un peu diffĂ©rent oĂč le guide non-voyant non seulement s’occupait du service, mais mangeait Ă  table avec les convives, ce qui permettait d’avoir un temps d’échange assez fabuleux.

On a vĂ©cu des moments trĂšs Ă©tonnants puisqu’on partageait comme un peu lĂ , je peux le faire, sur les thĂ©matiques plus autour de la vie de la personne aveugle, mais lĂ  oĂč le restaurant, on a dĂ» industrialiser les dispositifs puisque sinon les repas auraient Ă©tĂ© vendus beaucoup trop chers. Et le guide est essentiellement un serveur qui peut Ă©changer un peu avec vous, mais quand mĂȘme relativement en peu de temps, puisqu’il doit envoyer un certain nombre de places pour pouvoir ĂȘtre Ă  l’équilibre, a minima voire rentable parce que le business model est important, si vous ne durez pas dans le temps, vous ne durez pas.

Donc, il faut un Ă©quilibre Ă©conomique a minima et si on veut que les business se dĂ©veloppent, il faut ĂȘtre excĂ©dentaire. C’est ce qu’on a rapidement pu rĂ©aliser sur le premier restaurant de Paris, c’est d’ĂȘtre excellent en termes de business.

Olivier Roland : Et tu avais dĂ©jĂ  une expĂ©rience entrepreneuriale quand tu t’es lancĂ© lĂ -dedans ou c’était la premiĂšre fois ?

Didier Roche : Non, moi, j’ai crĂ©Ă© mon premier business quand j’avais 23 ans. Donc, j’avais une expĂ©rience d’entrepreneuriale, puisque ça faisait 10 ans que j’étais dans le business.

Olivier Roland : Alors, tu avais créé un business de quoi ?

Didier Roche : La premiĂšre sociĂ©tĂ© s’appelait Ithaque, qui vient du latin Ithaca, mais c’est aussi le nom depuis lĂ  que l’Ulysse est parti pour faire son long voyage.

Je me disais : tu te lances dans l’entreprenariat. Ça a Ă©tĂ© un peu un long voyage semĂ© d’embĂ»ches, ce qui Ă©tait le cas.

Je vendais des produits et des services Ă  destination des personnes aveugles et malvoyantes, j’ai crĂ©Ă© le premier site de vente en ligne pour les personnes non-voyantes sur les produits. Je me suis attaquĂ© Ă  un monopole associatif Ă  l’époque notamment sur le champ des produits dits quotidiens, ça peut ĂȘtre les balances parlantes, des balances de cuisine, ça peut-ĂȘtre des thermomĂštres Ă©galement accessibles aux personnes aveugles, l’horlogerie, les jeux.

C’est un monopole associatif et je m’y suis attaquĂ© d’entrĂ©e de jeu. Puis au bout de 10 ans, j’ai vendu cette boĂźte comme un peu Ulysse qui a fait son voyage pendant 10 ans. Je me suis retrouvĂ© avec cette boĂźte vendue et je me suis lancĂ© dans le groupe avec Edouard et Fabrice. En parallĂšle de quoi, j’ai dĂ©veloppĂ© aussi d’autres business. Je n’ai pas que les restaurants ou les spas « Dans Le Noir ? », j’ai d’autres affaires Ă  cĂŽtĂ©.

Olivier Roland : Donc, tu avais développé une interface web que les non-voyants peuvent utiliser.

Didier Roche : Un site marchand, oui.

Olivier Roland : C’est avec une machine qui fait des caractùres en braille ou c’est de l’audio ?

Didier Roche : C’est un logiciel qui rĂ©cupĂšre l’information et qui va l’envoyer tantĂŽt vers de la synthĂšse vocale, tantĂŽt vers un Ă©cran braille, ou les deux si on souhaite et si on a les deux.

Je n’ai pas dĂ©veloppĂ© le logiciel qui permet de le faire, j’ai dĂ©veloppĂ© une plateforme qui permettait de discuter totalement avec ces fameux screen reader pour lui donner tous les Ă©lĂ©ments nĂ©cessaires Ă  ce que l’information retranscrite en vocal et en braille soit complĂštement utilisable et exploitable par une personne aveugle qui viendrait sur ce site.

C’est une premiĂšre Ă  l’époque d’avoir un site marchand totalement adaptĂ© et totalement dĂ©diĂ© Ă  des personnes non-voyantes.

J’ai dĂ©veloppĂ© Ă©galement Ă  cette occasion le premier marketing direct Ă  destination de cette population-lĂ , en travaillant sur un catalogue vocal, en travaillant sur tout un tas des choses. Je m’amusais pas mal Ă  l’époque.

Olivier Roland : Et maintenant, ce n’est plus le mĂȘme nom ?

Didier Roche : Non, ça a Ă©tĂ© revendu. Le type a absorbĂ© la boĂźte et il a conservĂ© le dĂ©partement au sein de sa boĂźte, sa boĂźte s’appelle CECIAA. Il a toute la gamme vie quotidienne qui Ă©tait Ă  l’origine dans ma boĂźte.

Olivier Roland : Tu vends cette boĂźte, c’était avant que tu t’embarques dans le projet « Dans Le Noir ? » ou tu Ă©tais dĂ©jà


Didier Roche : J’ai Ă©tĂ© dĂ©jĂ  Ă  titre associatif puisque je suis un entrepreneur aussi social, donc Ă  titre associatif dans les dĂźners « Dans Le Noir ? » depuis 1999. Cette boĂźte, je l’ai vendue en 2004. Donc, ça faisait 5 ans dĂ©jĂ  que je faisais des dĂźners « Dans Le Noir ? ». Lorsqu’Edouard est venu nous voir en 2003, j’ai dit : on y va.

On a aidĂ© Ă  monter le restaurant avec l’association et rapidement, j’ai pris des parts dans le groupe pour pouvoir dĂ©velopper toute cette aventure des restaurants, spas et de la dimension aussi B2B dont je t’ai parlĂ© tout Ă  l’heure avec Edouard et Fabrice au sein de ce groupe.

Olivier Roland : Et comment ça s’est passĂ© le recrutement des serveurs et du personnel dans les restaurants parce que j’imagine que c’était quand mĂȘme une premiĂšre pour eux de faire ce genre de job ?

Didier Roche : Ça a Ă©tĂ© une premiĂšre. Il a fallu imaginer du recrutement. On a dĂ» faire face Ă  des dogmes. Il y a eu des moments oĂč on a rĂ©uni des personnes en nombre, des personnes non-voyantes avec des associations et puis, on prenait la parole avec Edouard.

J’avais dit Ă  Edouard : « écoute, tu parles un peu du business et moi, je vais ĂȘtre un peu ta garantie face aux Ă©ventuelles levĂ©es de bouclier qu’il pourrait y avoir ». Et il y en a eu des associations qui ont pris la parole et qui ont dit : « vous n’avez pas honte de faire du fric avec des aveugles. » J’ai eu droit Ă  tout ça.

Olivier Roland : Ça, c’est vraiment typique d’avoir des gens qui vont dire ça alors que finalement tu fournis un job super.

Didier Roche : Oui, puis une dignitĂ©, le fait de la rencontre de la diversitĂ©, de la diffĂ©rence, une super boutique de communication autour du handicap oĂč pour une fois, ce n’était pas la charitĂ©, c’était vraiment le job.

J’ai tenu ce discours-lĂ  et des aveugles se sont levĂ©s en disant : « Écoutez, il a tout Ă  fait raison, on nous redonne un peu de dignitĂ© et des associations ». Ceux qui Ă©taient montĂ©s aux crĂ©neaux se sont vite rassis.

Olivier Roland : Vous avez tenu bon dans votre vision et votre philosophie. Les chiens aboient, la caravane passe.

Didier Roche : C’est ça.

Olivier Roland : Vous avez dû créer toute une formation pour ces personnes.

Didier Roche : On a dĂ» concevoir les choses qui n’existaient pas effectivement. On a cherchĂ© des outils aussi pour faciliter les services, pour faciliter la communication avec les cuisines, avec aussi la partie extĂ©rieure oĂč les gens sont accueillis en pleine lumiĂšre. LĂ , il a fallu tout inventer.

Olivier Roland : Et tout s’est bien passĂ© au final.

Didier Roche : Tout s’est formidablement bien passĂ© au final.

Olivier Roland : Les erreurs, il y en a eu forcĂ©ment. Qu’est-ce que tu pourrais partager ?

Didier Roche : Des erreurs dans le premier restaurant, pas tant que ça.

On avait une courbe d’expĂ©rience avec les dĂźners que nous faisions, nos prĂ©alables avec Fabrice que l’on a mis Ă  profit dans ce lieu permanent. On a pu avoir des erreurs de recrutement de managers par exemple, comme dans toutes les boĂźtes.

On en a eu des mauvais et des trĂšs mauvais et on en a eu des bons et des trĂšs bons aujourd’hui. C’était un peu le challenge de toutes les boĂźtes.

On a eu, si, peut-ĂȘtre des erreurs au dĂ©part oĂč on a fait des repas qui moi me plaisait beaucoup et on a eu des retours relativement nĂ©gatifs oĂč les gens ne comprenaient pas ce qu’il y avait dans l’assiette. Donc, j’étais convoquĂ© face Ă  des clients qui se manifestaient comme n’aimant pas la cuisine et moi, je venais et je goutais, je ne comprends pas.

On s’est rendu compte que sans la vue, les gens ont besoin de repĂšre. Donc, on a segmentĂ© l’assiette avec la viande d’un cĂŽtĂ©, les lĂ©gumes de l’autre. Si on mettait plusieurs lĂ©gumes, on les sĂ©parait. On essayait comme ça de favoriser la dĂ©couverte et de l’aider. Ça, c’était une petite erreur qu’on a pu faire au dĂ©part, je pense, que de ne pas comprendre qu’il fallait qu’on conçoive finalement l’assiette autrement.

On a mis un peu de temps et ensuite, il a fallu aussi apprendre au cuistot Ă  faire diffĂ©remment. C’est-Ă -dire que c’est bien de servir de l’agneau, mais c’est quand mĂȘme mieux de servir l’agneau sans le gras parce que dans le noir, la personne ne voit pas le gras.

Olivier Roland : Oui, effectivement.

Didier Roche : C’est mieux de servir le poisson sans la peau, le poulet sans les os.

Il a fallu aussi comme ça avoir tout un cheminement d’apprentissage pour que les gens n’aient pas l’impression qu’on leur sert de la merde finalement, donc s’adapter et se mettre au niveau de la personne qui ne voit pas.

On a eu quelques petites erreurs comme ça au dĂ©part de ne pas veiller Ă  cette partie sensorielle forte qui pouvait ĂȘtre hyper dĂ©sagrĂ©able et dire : la viande est dĂ©gueulasse.

On ne sert plus de l’entrecĂŽte avec la partie nerveuse sur le bord, il faut bien prĂ©parer.

Ça, c’était les quelques erreurs qu’on a pu faire au dĂ©part. Mais pas tant que ça d’erreur au dĂ©part dans la restauration sur Paris, sur Londres lorsqu’on a ouvert Ă  Paris en 2004 et Londres en 2006, Barcelone ensuite en 2009.

Olivier Roland : ça a Ă©tĂ© rapide quand mĂȘme.

Didier Roche : ça a été relativement rapide.

Olivier Roland : Et aujourd’hui, ces restaurants existent toujours ?

Didier Roche : Toujours.

Olivier Roland : Et aprÚs Barcelone en 2009, vous avez étendu ailleurs ?

Didier Roche : Oui, on a cherchĂ© Ă  s’étendre Ă  New York.

Olivier Roland : On avait parlĂ© un peu, tu m’as dit que lĂ , il n’y a pas eu le mĂȘme succĂšs.

Didier Roche : Il n’y a pas du tout le mĂȘme succĂšs. On a fermĂ© New York pour diffĂ©rentes raisons, mais je pense qu’on a mal jaugĂ© le marchĂ© new-yorkais avec des erreurs de communication flagrantes au dĂ©part de mon point de vue, peut-ĂȘtre aussi une erreur de conception de business new-yorkais Ă  l’époque. On a fermĂ© au bout de 15 mois.

Une des raisons qui moi m’a fait de ne pas remettre d’argent au pot et qui m’a fait fermer, c’est que la liquor license Ă©tait attachĂ© au nom du manager avec lequel on avait ouvert, le manager est parti et on s’est retrouvĂ© Ă  un moment exploiter un restaurant qui vendait de l’alcool sans avoir la licence, sans plus avoir la licence.

Et lĂ , on m’a appelé : « Didier, on fait quoi ? » J’ai dit : « Attendez, on est Ă  New York ». On vient d’envoyer nos managers de Barcelone pour tenter de sauver New York, la problĂ©matique n’est plus financiĂšre, mais elle devient une problĂ©matique de droit. Et lĂ , moi, je ne veux pas faire courir la prison au manager qu’on a envoyĂ© depuis Barcelone sur New York, donc, on ferme.

On ferme et puis, on verra ce qu’on fait dans l’avenir, est-ce qu’on y revient ou pas ?

La raison qui m’a vraiment poussĂ© Ă  fermer, moi, je croyais au fait de pouvoir remettre en route, de pouvoir rebondir puisque la vie est faite de rebond. Mais lĂ , lorsque vous avez la justice new-yorkaise face Ă  vous en perspective, vous ne jouez plus.

J’ai fermĂ© parce que je ne voulais pas prendre le risque de l’exploitation de vente d’alcool sans avoir l’autorisation. Donc, on a arrĂȘtĂ©.

Olivier Roland : Ça, c’est trĂšs intĂ©ressant parce que tu t’es heurtĂ© Ă  des problĂšmes que beaucoup d’entreprises rencontrent quand elles veulent s’étendre Ă  l’étranger.

En Europe, ça reste un cadre qui est relativement commun avec beaucoup de points communs dans la culture, dans l’environnement lĂ©gislatif. Les États-Unis, c’est assez diffĂ©rent et c’est un peu plus loin aussi, c’est plus difficile de contrĂŽler.

Il y a eu finalement des problĂšmes parce qu’il y a peut-ĂȘtre eu un peu trop de confiance dans certaines personnes qui ont peut-ĂȘtre profitĂ© la situation en se disant : ces personnes sont loin, donc, on peut se lĂącher un peu plus.

Didier Roche : Oui, aussi, c’est certain. C’est surtout Edouard qui a pilotĂ© New York, puisque c’est surtout lui qui s’occupe du dĂ©veloppement international.

Évidemment, on Ă©tait trĂšs en lien et on partageait Ă©normĂ©ment et il y a un moment, le choix de fermer se fait avec les trois associĂ©s. Et quand il m’a appelĂ©, il m’a dit « Ecoute, voilĂ  mon point de vue, qu’est-ce que tu en penses ? » J’ai dit : « Mais Edouard, on ferme, on ne peut pas prendre de risque ».

L’éloignement Ă©tait aussi un problĂšme. Je pense que si je devais y retourner un jour, je prendrais un associĂ© sur place.

Olivier Roland : D’accord, qui soit vraiment impliquĂ© dans l’affaire.

Didier Roche : Oui, impliquĂ© dans l’affaire, qui a l’habitude de la restauration new-yorkaise, on a eu des opportunitĂ©s et on ne l’a pas fait et qui soit sur place pour quand mĂȘme piloter le bateau, puisqu’à 8 000 bornes, c’est compliquĂ©.

Olivier Roland : Oui, et tu m’avais dit aussi que vous avez fait une erreur dans la communication par rapport à la date d’ouverture.

Didier Roche : C’est un pacte un peu moral qu’on a entre les trois principaux associĂ©s. On se dit : « Quand la majoritĂ© dĂ©cide, on y va.

Lorsqu’on s’est rĂ©uni en septembre sur la maniĂšre de communiquer quant Ă  l’ouverture du restaurant qui devait ouvrir officiellement le 4 dĂ©cembre, moi, je m’étais opposĂ© au fait de communiquer en amont, la politique Ă©tait plutĂŽt de roder le truc et puis, au bout d’un mois d’ĂȘtre rodĂ© et de communiquer, Edouard pensait autrement, sĂ»r de son fait. Donc, les deux associĂ©s avec moi, on dĂ©cidait d’ouvrir. J’ai dit : « le pacte moral est lĂ , on y va, vous ĂȘtes deux, on y va. » et on a ouvert le 28 fĂ©vrier.

Olivier Roland : Donc, vous avez communiqué pour début décembre et la presse était en feu ?

Didier Roche : Pour le 4 décembre et on a ouvert le 28. On a eu CNN et ainsi de suite.

Olivier Roland : Et 2 ou 3 mois plus tard, ils Ă©taient beaucoup moins en feu.

Didier Roche : Tu ne le fais pas revenir deux fois. Puis, toutes les semaines, on dĂ©calait 700 personnes. Le 14 fĂ©vrier, on avait 280 rĂ©servations. Moi, je m’effondrais Ă  chaque fois que je voyais qu’on redĂ©calait. Donc, en termes de com, c’est comme rĂ©ussir et Ă©chouer.

Olivier Roland : Oui, c’est vrai que ce n’est pas une bonne maniĂšre de dĂ©marrer.

Didier Roche : Non. Je pense qu’outre le fait que les new-yorkais ont une façon de vivre ses business un peu diffĂ©rents, peut-ĂȘtre que ce sont des gens qui ont l’habitude de passer d’un business Ă  l’autre. Mais c’est d’autant plus pĂ©nalisant que s’ils sont rĂ©ellement comme ça, ce que je suis prĂȘt Ă  croire, au dire d’Edouard le principal associĂ© qui s’est occupĂ© de cette affaire, le fun de communiquer et d’ouvrir 3 mois aprĂšs, ça ne faisait qu’amplifier le risque d’échouer.

Olivier Roland : Et donc, vous avez fermĂ© aprĂšs avoir perdu beaucoup d’argent.

Didier Roche : Deux millions de dollars.

Olivier Roland : Ce n’est quand mĂȘme pas rien.

Didier Roche : Ça glace.

Olivier Roland : Ça glace. Et du coup, vous n’avez pas retentĂ© l’aventure amĂ©ricaine.

Didier Roche : Pas tout de suite.

Olivier Roland : Pour l’instant, vous avez des restaurants dans quel pays ?

Didier Roche : En nom propre, on a Paris, Londres, Barcelone, Madrid, on a une franchise Ă  Saint-PĂ©tersbourg et on dĂ©veloppe depuis quelques annĂ©es un nouveau business model qui est de la coproduction oĂč on s’installe dans des hĂŽtels.

Donc, on a dans ce format-lĂ  Nantes, Nice, Melbourne, Oakland. Et lĂ , on est sur le Maroc d’ici la fin de l’annĂ©e, on va ĂȘtre en alternance entre Casa et Marrakech. On est sur des plans Ă  Bruxelles, et en AmĂ©rique Latine, on regarde un peu ce qu’on peut faire.

Olivier Roland : Quand mĂȘme encore plein de plans de dĂ©veloppement. Peut-ĂȘtre qu’un jour, vous allez revenir aux États-Unis ?

Didier Roche : Moi, j’ai envie. Je n’aime pas Ă©chouer. Quand j’ai le sentiment de ne pas avoir tout tentĂ© et tout bien tentĂ©. Donc, oui, je pense que j’y reviendrais.

Olivier Roland : Excellent, c’est ça aussi l’entreprenariat, savoir rebondir aprĂšs les Ă©checs puisqu’on peut peut-ĂȘtre prĂ©ciser qu’on s’est rencontrĂ© Ă  l’évĂšnement Re.Start Awards. C’est des prix qui sont donnĂ©s pour les meilleurs rebonds aprĂšs un Ă©chec dans diffĂ©rentes catĂ©gories. Toi, tu Ă©tais dans quelle catĂ©gorie dĂ©jà ?

Didier Roche : Economie sociale et solidaire, parce que par ailleurs, j’ai montĂ© l’association H’up Entrepreneurs qui accompagne les personnes handicapĂ©es dans la crĂ©ation et le dĂ©veloppement de leur business et on s’attache aussi Ă  accompagner les chefs d’entreprise qui deviennent handicapĂ©s parce que ça arrive aussi. C’est un parcours que j’ai aussi depuis 10 ans et qui a Ă©tĂ© remarquĂ© par les Re.Start Awards.

Olivier Roland : Tu as Ă©tĂ© le gagnant de la catĂ©gorie. Moi, j’avais Ă©tĂ© nominĂ© dans la catĂ©gorie : meilleur rebond aprĂšs un Ă©chec scolaire. Ce n’est pas moi qui ai Ă©tĂ© laurĂ©at, ce sera peut-ĂȘtre pour la prochaine. Moi, j’étais un vrai looser. Comme on disait, j’ai dĂ» vraiment respecter le cahier des charges.

Ça montre un peu tout ce qu’on peut faire dans la vie mĂȘme aprĂšs un gros Ă©chec. Donc, deux millions de dollars perdus aux États-Unis, ça ne va pas vous empĂȘcher d’y retourner un jour.

Didier Roche : Moi, j’y retournerais. AprĂšs, est-ce que les autres y retourneront ? Peut-ĂȘtre qu’il faudra qu’Edouard ait vendu ses parts.

Olivier Roland : Oui, il a été refroidi.

Didier Roche : C’est une douche.

Olivier Roland : Là, vous aviez jusqu’à ce moment-là un track record impeccable finalement.

Didier Roche : Ça allait, oui.

Olivier Roland : Puisque tous les restaurants que vous avez ouverts Ă  l’étranger, ça fonctionnait bien et cela fonctionne toujours bien aujourd’hui. L’entreprenariat, pour toi, est-ce que tu te verrais faire autre chose aujourd’hui ?

Didier Roche : Pas du tout.

Olivier Roland : C’est vraiment le cri du cƓur.

Didier Roche : Non, l’entreprenariat, c’est quelque chose d’assez gĂ©nial. Je suis risquophile.

Je suis devenu risquophile parce que j’aime l’émotion que ça procure, j’aime aussi me poser des questions quand je me plante parce que je n’ai pas plantĂ© que New York, je me suis plantĂ© aussi dans d’autres projets, parce que c’est une façon aussi de pouvoir porter un regard sur ce qui vient de se passer, sur comment penser autrement, sur rĂ©agir, sur ajuster le tir.

J’aime le risque. Maintenant, je ne vois pas m’embarquer dans autre chose que le risque.

Je disais il n’y a pas longtemps, j’interviens dans une soirĂ©e autour de l’entreprenariat, autour, de maniĂšre gĂ©nĂ©rale des femmes dans le business et celles qui n’osaient pas aller de l’avant. Si vous avez peur du risque, je vous conseille la routine, c’est mortel. Donc, faites ce que vous voulez.

Je suis lĂ -dedans, je ne supporte pas la routine.

J’aime l’entreprenariat, je pense juste qu’il faut choisir le bon vĂ©hicule pour s’éclater. Ça peut ĂȘtre une association, ça peut ĂȘtre une coopĂ©rative, ça peut ĂȘtre une SASU, une SARL, une fondation et ce que vous voulez. Ça reste le fait d’entreprendre.

Et puis, il faut y aller, c’est la seule chance que l’on ait de donner vie Ă  ses rĂȘves.

Vous rencontrez plein de gens, vous croisez plein de monde. Si vous ĂȘtes quelqu’un d’un peu motivant, vous emmenez les gens avec vous et puis, vous vivez une belle histoire Ă  plusieurs puisque c’est ça la vie, c’est vivre des belles histoires Ă  plusieurs.

Olivier Roland : C’est un trĂšs beau rĂ©sumĂ©. C’est intĂ©ressant quand tu dis qu’on peut faire ça avec une structure associative. Est-ce que tu ne penses pas que dans l’entreprenariat, il y a aussi quand mĂȘme une idĂ©e de rentabilitĂ© Ă  un moment qu’avoir quelque chose qui puisse se tenir par lui-mĂȘme ?

Didier Roche : C’est non. Encore une fois, tu peux faire dĂ©velopper des projets qui ont des caractĂšres fortement sociaux.

Non, ça dĂ©pend du projet qu’on porte, c’est-Ă -dire que le business model, il est probablement dans certains cas de vendre ce que l’on fait, dans d’autres cas, c’est de susciter aussi l’appel au don, parce qu’il n’y a pas d’économie possible lorsque tu fais du charity. Parfois, il n’y a pas d’économie possible.

Moi, je dĂ©veloppe l’électrification d’école en Afrique sub-Saharienne avec Edouard et Fabrice. Il n’y a pas de business model. Tu arrives, tu vas convaincre des chefs d’entreprise de mettre un billet de 5-6-7 milles euros sur l’électrification d’une Ă©cole en Afrique. Et puis, le retour qu’eux vont en avoir, c’est ce qu’ils vont pouvoir communiquer en interne auprĂšs de leurs collaborateurs et ainsi de suite, mais il n’y a pas de business immĂ©diat.

Olivier Roland : Pour toi, l’aventure entrepreneuriale, c’est avant tout se lancer dans un projet qui nous tient à cƓur, tient un peu de gueule, qui nous challenge, qui nous passionne et qui va porter de la valeur au final.

Didier Roche : C’est ça, de la valeur quelle qu’en soit, qu’elle soit monnayable ou pas.

Olivier Roland : Et tu as fait quoi comme étude ?

Didier Roche : J’ai fait de l’intelligence artificielle. Je me suis dit qu’un jour, si j’en manquais, peut-ĂȘtre que je devais en programmer.

Olivier Roland : Donc, tu n’as pas eu la chance de rater tes Ă©tudes ?

Didier Roche : J’ai eu moins de chance que toi.

Olivier Roland : Ça arrive.

Didier Roche : Non, je n’ai pas plantĂ© mes Ă©tudes. J’aimais l’informatique, ça m’a passionnĂ©, ça m’a permis aussi de concevoir une forme de pensĂ©e.

Dans l’intelligence artificielle, on utilise ce qu’on appelle la programmation rĂ©cursive par moment et c’est une façon de penser autrement que de penser de maniĂšre ordinaire, qui pense plutĂŽt de maniĂšre sĂ©quentielle. Aujourd’hui, j’ai le sentiment de voir oĂč je vais atterrir.

Olivier Roland : Qu’est-ce que tu veux dire par là ?

Didier Roche : J’arrive Ă  repartir de l’objectif pour arriver au point oĂč j’en suis aujourd’hui, c’est-Ă -dire je vais construire un peu diffĂ©remment ma maniĂšre de penser, mes modĂšles Ă©conomiques, mes modĂšles de dĂ©veloppement.

Aujourd’hui, on va dire : aujourd’hui, je fais ça, aprĂšs, je fais ça, aprĂšs, je fais ça. Moi, je pars de l’objectif et je dĂ©montre jusqu’à aujourd’hui. Je pense un peu Ă  l’envers de ce se fait l’ordinaire parfois quand mĂȘme sur mes projets.

Olivier Roland : Intéressant.

Didier Roche : Et du coup, je vais redĂ©velopper ensuite les chemins par lesquels je vais amener mes Ă©quipes pour aller de maniĂšre sĂ©quentielle vers l’objectif que je me suis construit.

Olivier Roland : C’est vraiment un outil de rĂ©flexion de pensĂ©e et de stratĂ©gie.

Didier Roche : Oui, aujourd’hui, ça m’aide beaucoup.

Olivier Roland : Tout Ă  l’heure, tu disais que tu es risquophile. Ça, c’est intĂ©ressant parce que chaque entrepreneur a un rapport aux risques qui est diffĂ©rent. Comment toi, tu prends des risques ?

Grosso modo, j’ai l’impression qu’il y a deux Ă©coles de pensĂ©e dans l’entreprenariat. Tu as ceux qui brĂ»lent leurs bateaux derriĂšre eux. Ils arrivent sur une Ăźle, ils brĂ»lent tout et ils disent : « C’est simple, soit on gagne, soit on meurt. » Il n’y a pas d’autres solutions. Et d’autres qui sont plutĂŽt en mode Lean Startup, c’est-Ă -dire qu’ils essaient de mettre en place le produit minimum viable avec une petite expĂ©rience sur le terrain qui n’a pas beaucoup d’enjeux en tant que tels avec trĂšs peu d’investissements en temps, en argent, en tout cas, le minimum possible.

Et aprĂšs, tu as tout un tas de nuance entre ces deux extrĂȘmes, mais souvent j’ai l’impression que les entrepreneurs sont plutĂŽt dans un des cas ou dans une autre. Toi, comment tu te dĂ©crirais ? Comment tu prends tes risques ?

Didier Roche : Comment je prends mes risques ?

D’abord, je n’ai pas d’attachement Ă  l’argent. Pour moi, c’est un moyen, ce n’est pas une finalitĂ© en soi non plus. Etre le plus riche du cimetiĂšre, ce n’est pas mon objectif. De toute façon, on ne l’emmĂšne pas de l’autre cĂŽtĂ©, c’est juste un moyen. Donc, si je dois miser 10 000 et je n’ai que 10 000, je les mise. Ça, c’est mon premier risque.

Olivier Roland : Est-ce que c’est 10 000 que tu peux te permettre de perdre ou tu vas aussi risquer, par exemple, ta maison ou ta chemise ?

Didier Roche : Moi aujourd’hui, si tous mes business se plantent, je n’aurais mĂȘme plus de caleçon.

Olivier Roland : C’est tes seules sources de revenus. Tu n’as pas investi dans l’immobilier, dans d’autres sources de revenus, histoire de diversifier ?

Didier Roche : Je diversifie beaucoup. J’ai fait des affaires par opportunisme aussi de droite et de gauche. Mais au dĂ©but, j’ai risquĂ© tout ce que j’avais.

Je suis issu du prolĂ©tariat, tu ne pars avec pas grand-chose et tu construis, tu construis. Et puis au bout de 25 ans d’entreprenariat, tu t’es solidifiĂ© dans plusieurs business, tu t’es diversifiĂ©.

Donc, je me suis beaucoup diversifiĂ©, mais en m’endettant Ă©normĂ©ment avec un taux d’endettement qui est juste trĂšs important, mais il est partagĂ© sur tout un tas de boĂźtes.

Aujourd’hui, si j’ai une boüte qui se plante, je dois rembourser puisque je suis garant à titre perso. Mais à la limite, tant pis, j’en vends une autre ou je vends des participations dans une autre pour couvrir ce risque-là.

Olivier Roland : Tu as un porte-folio aujourd’hui d’entreprise.

Didier Roche : Moi, j’ai encore fait un emprunt que j’ai signĂ© samedi dernier. Normalement, on ne doit pas mĂȘme me prĂȘter sur cette boĂźte-lĂ , mais on a quand mĂȘme prĂȘtĂ© parce qu’elle est en fond propre nĂ©gatif, on a quand mĂȘme prĂȘtĂ©.

Olivier Roland : Parce qu’étant donnĂ© ton historique, le fait que tu es un bon client.

Didier Roche : Oui, c’est ça. La confiance, c’est aussi ça. L’entreprenariat, c’est la confiance que tu peux donner.

Je risquophile aussi dans le fait de me dire : si cette boüte-là se plante, tant pis, l’important, c’est tout y donner et si elle se plante, elle se plante.

Donc, j’ai moins d’amour propre sur le sujet de planter une boĂźte alors qu’avant, il ne fallait pas que je la plante parce que j’avais beaucoup d’attachement sentimental aux choses que je pourrais crĂ©er.

Risquophile aussi lĂ -dedans, dans le fait de ne plus avoir cet attachement Ă  titre Ă©gocentrique sur la rĂ©ussite ou pas du projet parce qu’aussi, je pense que mon parcours fait qu’on te reconnait pour ce que tu fais et pour ce que tu as fait, tu t’es reconnu aussi au travers de ça.

Je me dis si j’en plante une, c’est aussi la vie de l’entrepreneur que de se planter de temps en temps. Puis, c’est comme ça qu’on apprend aussi.

Donc risquophile non pas parce que j’aime le risque pour le risque, j’aime le risque pour l’adrĂ©naline qu’il dĂ©livre, j’aime le risque pour le fait d’emmener des gens comme je te disais tout Ă  l’heure. C’est en ça que j’aime le risque.

Ce n’est pas le risque pour le risque, c’est le risque pour tout ce que ça gĂ©nĂšre autour, le fait que les gens te font confiance aussi.

Il y a un moment oĂč tu orientes, tu Ă©coutes, tu prends de ce que les gens te disent, tu avances avec eux. C’est ça le risque, c’est Ă©videmment le partage.

Olivier Roland : Les entrepreneurs ont quand mĂȘme un Ă©tat d’esprit qui est assez unique par rapport Ă  celui de la plupart des gens parce que dĂ©jĂ  cette notion de prise de risque, beaucoup de personnes ne sont pas prĂȘtes Ă  l’accepter ou Ă  le prendre. Est-ce que tu as quelque chose que la plupart des gens estiment vrai avec lequel tu n’es pas d’accord ou est-ce que tu penses peut-ĂȘtre d’une maniĂšre que la plupart des gens estiment fausse et que tu penses que c’est vrai ?

Je cherche un peu si tu as une maniÚre de voir les choses qui est un peu différente de celle de la majorité.

Didier Roche : InĂ©vitablement, quand on est diffĂ©rent et quand on l’a Ă©tĂ© tĂŽt, on porte un regard sur les choses qui potentiellement est diffĂ©rent. Moi, j’ai toujours entendu dire : « Tu ne peux pas parce que tu ne vois pas. » ça m’a galvanisĂ©, j’ai envie de te dire.

Olivier Roland : Tu t’es dit : challenge accepted.

Didier Roche : C’est ça, banco, on y va.

A chaque fois, j’ai dĂ» imaginer concevoir des dispositifs, des façons d’aller qui contournaient finalement les cadres ordinaires. Donc, oui, je suis capable de manipuler des dispositifs qu’aujourd’hui, on n’utiliserait pas pour ça.

Par exemple, le crĂ©dit coopĂ©ratif oĂč tu mets un projet sur une plateforme et puis des gens ou de boĂźtes viennent financer ton projet avec un taux d’intĂ©rĂȘt et tu n’as pas de garantie personnelle.

Un jour, j’étais face Ă  un problĂšme, c’est que je devais lever Ă©normĂ©ment d’argent rapidement. J’avais les boĂźtes de mon groupe ou des boĂźtes amis qui Ă©taient capables de me prĂȘter de l’argent sauf qu’en France, on ne peut pas se prĂȘter entre boĂźtes, c’est interdit.

Qu’est-ce que j’ai fait ?

J’ai mis mon projet sur une plateforme de crĂ©dit coopĂ©ratif et puis, des boĂźtes sont venues mettre l’argent. Et lĂ , on m’a dit


Olivier Roland : Et là, ça passe.

Didier Roche : On n’y a jamais pensĂ©.

Olivier Roland : Donc, tu as trouvé le hack.

Didier Roche : J’ai trouvĂ© le hack.

J’ai utilisĂ© un systĂšme, ce qui fait que mes boĂźtes me prĂȘtent tant. Je me suis prĂȘtĂ© Ă  des taux d’intĂ©rĂȘt beaucoup moins moindre que si c’était des gens que je ne connaissais pas qui venaient prendre le risque.

Olivier Roland : ça, c’est parfaitement lĂ©gal.

Didier Roche : C’est parfaitement lĂ©gal.

Des boĂźtes ne peuvent pas se prĂȘter directement, mais au travers de plateforme, le crĂ©dit coopĂ©ratif peut le faire.

Olivier Roland : A travers de plateformes de Crowdfunding, tu penses que c’est possible ?

Didier Roche : Probablement aussi, sauf que c’est un don direct, donc c’est un peu diffĂ©rent.

Olivier Roland : Tu as diffĂ©rentes maniĂšres de faire du Crowdfunding, tu as les dons et tu as aussi des plateformes qui permettent de prĂȘter Ă  des entreprises ou mĂȘme d’acheter des actions et tout ça.

Didier Roche : C’est le crĂ©dit collaboratif. Donc, Ă  partir de lĂ , oui, il n’y a aucun problĂšme.

Olivier Roland : Est-ce que quand on est entrepreneur en France, il faut savoir hacker les rÚglements comme ça ?

Didier Roche : Il faut savoir utiliser l’environnement qu’on te propose pour avancer. L’entrepreneur, il a des rùgles du jeu, puis il joue avec. Il faut savoir le faire.

Olivier Roland : Il essaie de trouver les rĂšgles et trouver des maniĂšres crĂ©atives de l’utiliser en restant dans les clous, mais peut-ĂȘtre pas de la maniĂšre dont ça avait Ă©tĂ© prĂ©vu par le lĂ©gislateur.

Didier Roche : C’est-à-dire qu’il faut savoir avancer, il faut savoir jouer avec ce qu’on te donne.

Olivier Roland : Et ça fait partie aussi de l’excitation dans les jeux.

Didier Roche : C’est complĂštement le truc. Moi, quand j’ai trouvĂ© le dispositif et que j’appelais une plateforme de crĂ©dit coopĂ©ratif, il y a eu un blanc au tĂ©lĂ©phone et je dis : c’est juste gĂ©nial ce que vous me proposez lĂ .

Il y a un mec qui a fait un bouquin sur ses modes de plateforme de collaboration et j’ai Ă©tĂ© citĂ© comme Ă©tant le premier Ă  l’utiliser et du coup, j’espĂšre que d’autres l’ont fait, dĂ©tourner le systĂšme pour pouvoir me prĂȘter moi-mĂȘme.

Olivier Roland : En espĂ©rant que ça ne va pas ĂȘtre comblĂ© un jour par une loi patch.

Didier Roche : Ce serait dommage.

Olivier Roland : Oui, ce serait dommage.

Avec la dĂ©mocratisation du Crowdfunding et tout ça, ça serait peut-ĂȘtre allĂ© Ă  contre-courant de la tendance actuelle.

On a un excellent exemple, on a beaucoup de choses qui finalement sont communes aux entrepreneurs : la volontĂ© de rebondir aprĂšs les Ă©checs, le fait qu’on te dit que tu ne vas pas pouvoir et ça te stimule et, au contraire, tu vois ça comme une source d’énergie plutĂŽt que comme une source de dĂ©couragement.

Didier Roche : Et de nĂ©gociation puisque moi, aujourd’hui, j’ai discutĂ© un autre gros projet, il n’y a pas longtemps. J’ai dit aux banques : « de toute façon, vous me suivez ou pas ? » On me dit : « de toute façon, vous savez trĂšs bien que sans nous, vous allez le faire quand mĂȘme. Donc, on va regarder votre dossier avec sĂ©rieux. » Faites comme vous voulez. Moi, sans vous, je sais faire.

Du coup, ça devient un moyen de pression. LĂ  oĂč avant, elles faisaient la pluie et le bon temps, maintenant elles ne peuvent plus.

Olivier Roland : Oui, parce que finalement tu montres que tu n’as pas tellement besoin d’eux, c’est bien si je veux le projet, mais ce n’est pas non plus indispensable. Ce n’est pas du tout le mĂȘme rapport de force forcĂ©ment.

Didier Roche : Ce n’est pas indispensable et je vais le faire ailleurs.

LĂ , si on cumule tout le projet oĂč j’ai travaillĂ© sans elles, c’est quand mĂȘme 1 600 000 euros qu’elles n’ont pas vu passer.

Olivier Roland : C’est sur quel projet ?

Didier Roche : J’ai rachetĂ© un immeuble Ă  Bordeaux pour faire la peau Ă  un mec dans les affaires qui n’étaient pas propres du tout et je n’aimais pas du tout sa façon de faire. J’ai Ă©tĂ© vexĂ©, donc j’ai achetĂ© un immeuble par vexation.

Olivier Roland : C’est vrai ? C’est un immeuble que lui avait ?

Didier Roche : Oui, c’est un mec un peu glauque qui a voulu prendre l’immeuble aprĂšs le dĂ©cĂšs d’une vieille personne. Il ne se comportait pas bien, il voulait mettre un papy de 86 ans Ă  la porte et quand je l’ai appris, ça m’a semblĂ© juste insupportable.

Olivier Roland : Tu as voulu acheter l’immeuble pour ça. C’est dingue ça.

Didier Roche : Il s’est comportĂ© comme quelqu’un de puant et il m’a pris pour un con parce que j’étais non-voyant et j’ai dit : « Attends, tu vas voir ».

Un jour, on m’a appelĂ© et on m’a dit : « écoute, on a trouvĂ© le petit vieux, il Ă©tait en larme dans le couloir, il faut faire quelque chose ». Je veux juste lui faire la peau.

Ce n’est juste pas possible, donc, par vexation j’ai rachetĂ© cet immeuble-lĂ . Et donc, je te passe les affres qu’il y a eu autour de ça.

C’est un business auquel il va tourner Ă  terme 1 600 000 euros et les banques que j’ai encore vues ce week-end disent qu’on Ă©tait trop con. J’ai dit : oui. Il ne faut pas ĂȘtre trop con deux fois.

Olivier Roland : Donc là, tu vas avoir l’immeuble et tu vas garder.

Didier Roche : J’ai l’immeuble depuis 3 ans.

Olivier Roland : Et le petit vieux, comme tu dis, est toujours lĂ .

Didier Roche : Il y a une redivision de l’immeuble qui va ĂȘtre vendue. J’ai re-confiĂ© ça Ă  une boĂźte et ils m’ont dit : « On fait quoi du papy en bas ? » J’ai dit : « Vous le savez trĂšs bien, on n’y touche pas, vous avez compris ». Il est lĂ , on n’y touche pas.

Vous pourriez vendre l’autre, je m’en fous, tant qu’il est lĂ , on n’y touche pas. Qu’il a un loyer ridicule, les gens disent : « Mais tu ne sais pas faire des affaires ». Je m’en fous.

Un jour, il partira. On ne touche pas.

Olivier Roland : C’est ça aussi quand tu rĂ©ussis et que finalement tu gagnes de l’argent, tu peux l’utiliser de cette maniĂšre pour crĂ©er un peu plus de justice dans le monde.

Didier Roche : On peut le dire comme ça.

Moi, je ne supporte pas l’injustice et je ne supporte pas les gens qui sont aveugles de l’argent, n’ont pas de scrupule. Ils se foutaient de la jeune femme non-voyante que j’ai aidĂ©e Ă  monter un spa. Le spa est dans ce fameux immeuble, il se moquait d’elle, c’était insupportable. Moi, je ne supporte pas ça.

Et le coup de grĂące, c’est quand les filles du spa m’ont appelé : « écoute, on a retrouvĂ© le papy, il est en larme dans le couloir, il est encore venu le voir et il a dit : « de toute façon, le bail que vous avez un bail rural, ça ne vaut rien, je vais vous mettre dehors puisque le loyer est ridicule et moi, je vais tout revendre ». J’ai dit : « c’est bon, il faut l’arrĂȘter ».

Olivier Roland : Quel est ton prochain grand projet à part ça ?

Didier Roche : Je vais développer les spas dans plusieurs villes en France.

Olivier Roland : Ça, il faut que je teste, c’est le massage entiùrement dans le noir.

Didier Roche : On refait toute la boutique Ă  Paris, on va dĂ©velopper un conceptor qui devrait normalement
 On peut y aller, mais le nouveau spa devrait ĂȘtre en fonction aux alentours de 10 novembre.

AprĂšs, je vais dĂ©velopper une gamme de produits cosmĂ©tiques. Ça, c’est pour la partie spa. On va continuer le dĂ©veloppement en international en co-production. On est en train de mettre en place tout un systĂšme de ferme qui va produire les produits qu’on va utiliser au restaurant « Dans Le Noir ? », on va utiliser les dĂ©chets du restaurant « Dans Le Noir ? » pour alimenter la ferme, donc on va faire ainsi du service circulaire, on est en train de monter ça. VoilĂ  pour le groupe.

Olivier Roland : Donc, tu as encore de quoi faire pendant un moment.

Didier Roche : Je rĂȘve d’acheter un centre Ă©questre aussi.

Olivier Roland : Un centre équestre ? Pour faire quoi ?

Didier Roche : Je ne sais pas, ce sera un peu ma danseuse. Pour les 20 prochaines années, avoir un centre équestre, ça me plairait bien.

Olivier Roland : Est-ce que tu ferais ça dans le noir ?

Didier Roche : Non,

Olivier Roland : Ok, d’accord. Le cheval dans le noir parce que finalement, ça pose des questions.

Didier Roche : Oui, sur Bordeaux, il y en a qui le font.

Olivier Roland : Ah, c’est vrai ?

Didier Roche : Oui, on peut monter.

L’idĂ©e, c’est un jour peut-ĂȘtre d’avoir le centre Ă©questre et puis peut-ĂȘtre de montrer Ă  des cavaliers qui voudrait venir comment moi, je monte et essayer de leur faire passer ma maniĂšre que j’ai de percevoir le cheval.

C’est peut-ĂȘtre moi ou d’autres personnes non-voyantes ou handicapĂ©es pour qu’ils aient de nouvelles sensations, pour qu’ils vivent l’équitation autrement. Mais ça serait la cerise sur le gĂąteau le centre Ă©questre parce que c’est un rĂȘve que j’ai depuis trĂšs longtemps. Et donc, de monter un business model qui fasse que tout le systĂšme s’autofinance.

Olivier Roland : Et tu fais du cheval ?

Didier Roche : Oui, je fais de l’équitation depuis pas mal d’annĂ©es.

Olivier Roland : Et tu fais d’autres sports ?

Didier Roche : Je fais de temps en temps du ski aussi, ski alpin.

Olivier Roland : Tu fais du ski ? Comment ça marche alors ?

Didier Roche : Comment ça skie, ça skie bien. J’ai un guide derriĂšre moi qui me guide Ă  droite Ă  gauche ou qui me dĂ©livre. Donc quand il me dĂ©livre, je fais ce que je veux. Et puis, il me reprend un moment, Ă  droite Ă  droite, Ă  gauche Ă  gauche et on avance comme ça. Je fais trĂšs court.

On dévale les pentes. Puis, quand il y a un moment, ça devient un peu compliqué quand on fait les choses à fond.

Il me dit : « main droite », donc, je tends ma main droite comme ça et il me prend la main et on skie la main dans la main. Et lĂ , il me dit : « c’est un pur moment de te permettre ça. Moi, je te regarde, je te vois tout sourire ». Je dis : « tu n’imagines pas Ă  quel point je suis aux anges ».

Olivier Roland : Extraordinaire.

Didier Roche : C’est un beau moment d’amitiĂ© qu’on vit tous les deux.

Olivier Roland : Ça, c’est vraiment un magnifique exemple, il ne faut pas se laisser arrĂȘter par un handicap ou des contraintes si on veut rĂ©aliser quelque chose.

Didier Roche : Non, avec tous les risques.

Quand je fais du ski, je ne sais pas ce qui va se passer dans le quart de seconde qui suit. Lui prend des risques aussi puisque parfois, il me fait passer tout prĂšs de choses dangereuses, sans panique, tout le temps dans le zen.

Une fois, j’ai tapĂ© un poteau de piste comme ça. Le poteau s’est dĂ©crochĂ©, je suis tombĂ© et j’ai roulĂ© et le filet s’est enroulĂ© autour de moi et donc j’étais complĂštement saucissonnĂ© dans le filet. Je suis passĂ© au milieu de trucs comme ça dans le bas-cĂŽtĂ©. Il vient me voir et fait « mais qu’est-ce que tu fais Didier ? » On se marrait et je fais : « tu vois, c’est comme ça qu’on pĂȘche le thon Ă  la montagne ».

Et lĂ , tout le monde autour qui Ă©tait un peu catastrophĂ©, c’était l’hilaritĂ© totale. Ils m’ont dĂ©roulĂ© de mon filet, ils m’ont sorti et je suis remontĂ© sur le ski et puis, on est reparti.

Une fois, j’ai skiĂ© comme ça, ça faisait 2 ou 3 minutes que je skiais, il ne me parlait plus, je m’éclatais comme ça et je me dis : « ça se trouve, je vais tomber ».

J’étais paniquĂ© et je disais: « Jean-Pierre ». Il arrive et il a dĂ» voir ma tĂȘte : « Mais qu’est-ce qu’il y a ? » « Tu es lĂ , j’ai eu peur, ça fait juste 2 minutes que je skie tout seul ». J’ai dit : « Non, je te suis, je suis derriĂšre toi ». Il m’a dit : « j’ai cru que tu Ă©tais tombé ».

Olivier Roland : Qu’est-ce qui se passe s’il tombe ?

Didier Roche : Il crie, puisqu’il y a quelqu’un Ă  qui c’est arrivĂ©. Il part et le guide n’a pas le temps de suivre le redĂ©marrage et il tombe. Et le guide arrive, il freine et le guide dit : « Mais tu ne te rends pas compte, heureusement que tu es tombĂ©. LĂšve-toi » et Ă  4 mĂštres de lui, il y a un rocher.

Olivier Roland : Incroyable, le mec est tombé et à 4 mÚtres, il y a un rocher.

Didier Roche : Une fois, j’avais une copine qui me guidait. Elle Ă©tait en dessous de moi Ă  ce moment, le guide maintenant est derriĂšre moi, mais avant, je ne savais pas. Elle Ă©tait en dessous de moi et elle me criait : « à droite ». Et je vais Ă  droite et je tombe dans un trou et elle criait : « non, l’autre droite ». Et je dis : « ça s’appelle la gauche ».

Olivier Roland : Du coup, ça m’interroge que tu n’as pas mangĂ© depuis hier soir. Est-ce que ça veut dire que c’est parce que tu travailles beaucoup et que tu n’as pas eu le temps de manger ?

Didier Roche : Je suis pauvre, donc, je ne peux manger qu’une fois par jour Olivier. Non, en fait, depuis janvier, je ne prends plus de petit dĂ©jeuner.

Olivier Roland : Tu fais donc le jeûne intermittent.

Didier Roche : J’ai dĂ©couvert, ça s’appelait le jeĂ»ne intermittent, mais je me suis rendu compte que je mangeais plus par habitude que je n’avais faim. Je ne mange pas un cafĂ© ou un truc comme ça, mais je ne mange plus et ça ne me manque pas.

Il y a quelqu’un qui me dit : « Mais tu sais, c’est vachement bien pour le foie et tout » et j’ai dit : « Ă©coute, non, je ne savais pas ».

Je ne le fais pas par religion ou autres, je le fais parce que je n’ai pas envie. Puis, je n’ai plus du coup de barre qui arrive, je me sens mieux, c’est juste pour ça.

Olivier Roland : Est-ce que tu ne manges pas de 21h à midi par exemple ? C’est juste que tu sautes le petit dej.

Didier Roche : Je saute le petit dej et quand j’ai le petit dĂ©jeuner parce que ça arrive dans les affaires qu’on ait le petit dĂ©jeuner, c’est bien volontiers que je mange mon pain au chocolat, mon croissant ou je ne sais quoi. Je n’ai pas de religion. Il ne s’agissait vraiment pas de religion, c’est comme ça depuis janvier.

Olivier Roland : MĂȘme pas un petit cafĂ© le matin ?

Didier Roche : Si, je prends le café. Quand je bois, je bois le café-thé, je ne prends pas de sucre et rien.

Olivier Roland : Donc, pas de champagne le matin. Quand tu disais que tu bois, c’est le cafĂ©-thĂ©.

Je pense qu’on a eu un trĂšs beau partage de ta part sur ton parcours, puis ce qui fait vibrer l’entreprenariat, comment tu as dĂ©marrĂ© « Dans Le Noir ? ». Est-ce que tu as des conseils Ă  donner aux personnes qui voudraient se lancer dans l’entreprenariat aujourd’hui ?

Didier Roche : Des conseils, on en a plein, mais d’abord, ne pas avoir comme objectif l’argent. Ça, c’est la premiùre chose.

La deuxiĂšme chose, c’est qu’il faut savoir ĂȘtre sourd de temps en temps.

Les gens qui vous donnent plein des conseils autour, trĂšs souvent ils projettent vers vous le fait qu’ils ont eu envie de le faire et qu’ils ne l’ont pas fait. Les gens qui vous disent « mais attention, ce n’est pas possible », c’est pareil, il y a un moment oĂč il faut savoir ne pas les entendre ou ne pas les Ă©couter.

Il faut ne pas s’arrĂȘter aux problĂ©matiques d’argent.

Un projet qui est bien conçu, qui est bien bĂąti, il n’y a pas de raison qu’il ne trouve pas une rĂ©sonnance financiĂšre quelque part. En France, aujourd’hui, c’est relativement facile de pouvoir entreprendre, vous avez tout un tas de dispositifs particuliers : par l’emprunt, par l’emprunt solidaire, par les banques.

Évidemment, on a vu tout Ă  l’heure le Crowdfunding, les crĂ©dits collaboratifs et ainsi de suite, love money. Il y a plein de solutions.

Il faut vraiment d’abord Ă©crire son rĂȘve. Ensuite, on voit comment on peut faire financer.

On peut faire financer en plusieurs Ă©tapes. On peut commencer par un petit truc et puis, avancer, construire par brique.

Se dire aussi que la premiĂšre boĂźte qu’on lance, le premier projet qu’on a, c’est rarement celui dans lequel on va se dĂ©velopper Ă  terme, c’est souvent un tour de chauffe, c’est ce que je remarque.

Il faut savoir aussi s’entourer, savoir Ă©couter des gens. Tout Ă  l’heure, je disais « ne pas toujours Ă©couter, mais il faut savoir aussi Ă©couter ». Il y a des gens qui sont des rĂ©fĂ©rences.

Il faut s’inspirer aussi. Il faut ĂȘtre curieux, il ne faut pas ĂȘtre obstinĂ© de maniĂšre j’ai envie de dire inutile, c’est-Ă -dire qu’à un moment, il faut savoir se poser aussi, regarder ce qui a marchĂ© et ce qui n’a pas marchĂ©. Pourquoi ça n’a pas marché ?

Ne jamais perdre de vue que faire un peu plus de la mĂȘme chose, on obtient un peu plus du mĂȘme rĂ©sultat, ce qui vous conduit vers l’échec. Si vous continuez, ça va vous renforcer dans la situation d’échec.

Ne jamais avoir peur d’échouer, puisqu’on apprend dans l’échec.

Ne jamais vivre l’échec de quelque nature qu’il soit comme quelque chose de mauvais. Il faut toujours le regarder de maniĂšre positive parce que c’est la chance de pouvoir aller vers autre chose diffĂ©remment et peut-ĂȘtre davantage rĂ©ussir.

Quand on est en couple, c’est ĂȘtre franc avec la personne avec qui vous partagez votre vie et tenir la parole, c’est-Ă -dire que la personne ne doit pas avoir l’impression que vous louvoyez, que vous mentez.

Si vous donnez des objectifs dans votre couple en lien avec votre entreprise, il faut savoir le tenir : je serais lĂ , je serais prĂ©sent pour toi. Ça, il faut le tenir. Ou plutĂŽt dire si on n’en est pas sĂ»r de le tenir, je ferais ce que je pourrais.

Ne pas donner à l’autre ce qu’il a envie d’entendre, lui donner ce que vous allez pouvoir donner.

Ça, c’est trĂšs important parce que si la vie entrepreneuriale peut se vivre seule, la vie tout court lorsqu’elle est partagĂ©e, elle se vit Ă  deux avec la famille et elle a un impact inĂ©vitable dans votre vie entrepreneuriale.

Donc ça, c’est important d’ĂȘtre en phase avec la personne avec qui vous vivez, avec les personnes avec qui vous vivez.

Je pense que j’ai un peu trop ignorĂ© ça au dĂ©but et ça a crĂ©Ă© beaucoup d’incomprĂ©hensions, beaucoup de problĂ©matiques et on s’enferme.

Donc, c’est vraiment arriver à bien penser et à bien marier les deux vies.

La vie personnelle aussi est importante, savoir se donner des bouffĂ©es d’oxygĂšne. Le sport en est une, la culture ou autres choses.

Regarder Olivier pour s’inspirer de tout ce qu’il produit, c’est une façon aussi de vivre sa vie personnelle.

C’est un tabouret à trois pieds : le pro, la famille et le perso. Il faut bien respecter ça.

Vous donnez des bouffées de déstresse.

Moi, c’est le sport et je pense que ça pourrait ĂȘtre d’autres. C’est important aussi de trouver comment arriver Ă  se dĂ©stresser.

Et puis, ne jamais ĂȘtre avare de ses rĂ©ussites.

Si on est relativement seul dans l’échec, on est souvent plusieurs dans la rĂ©ussite. La rĂ©ussite a plusieurs paires, il faut savoir la partager. LĂ  oĂč malheureusement l’échec n’en a qu’un, c’est souvent l’entrepreneur Ă  qui on accorde volontiers l’échec.

Par exemple Ă  Re.Start Awards, vous avez vu, je suis montĂ© avec deux personnes. C’était volontaire parce que je souhaitais partager ce Re.Start, ce trophĂ©e avec des gens.

D’abord, c’était pour moi l’occasion de vivre de nouvelles Ă©motions. J’ai vĂ©cu celle qui m’était directement adressĂ©e, mais celle qui Ă©tait aussi adressĂ©e Ă  mes collaborateurs qui ont Ă©tĂ© chacun Ă  leur tour applaudis.

Donc, cela a Ă©tĂ© trois moments d’émotion. C’est une petite parenthĂšse dans nos vies dont on se souviendra beaucoup tout le temps Ă  trois.

Ce partage de trophĂ©e, on est redescendu, j’étais galvanisĂ© aussi pour aller affronter le lendemain. On parlait Ă  leurs Ă©quipes, donc, c’est aussi un formidable outil de management que de savoir partager sa rĂ©ussite.

Ne pas avoir le petit ego qui gĂ©nĂšre beaucoup de frustrations, mais le vĂ©ritable grand ego qui s’inscrit dans le partage parce que je pense que le seul moyen de pouvoir en jouir, c’est de savoir mettre son ego au service des autres plutĂŽt que de le garder pour soi.

Olivier Roland : Merci pour tous ces conseils, j’espùre que vous avez pris bonne note. Il y a plein de choses inspirantes et pratiques à mettre en pratique dans votre vie.

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